articleUne société de l’exclusionPar Marie-Claire CalmusLIVRES. À l’heure du détricotage du système de protection sociale retour sur le livre de Noelle Burgi, La machine à exclure. Compte rendu. 13 juin 2008.
S’appuyant sur le livre de Rosanvallon, La Nouvelle question sociale. Repenser l’État-Providence (Le Seuil, 1994), l’auteure part de la définition de cet État-Providence, basé sur un principe assurantiel qui aurait « remplacé par une vision technique les fondements pratiques et moraux de la société » pour montrer la crise de ce système, l’extension de la pauvreté ayant provoqué jusqu’à l’absurde un effet d’emballement auquel les procédures d’indemnisation ne peuvent plus faire face. C’est la notion même de solidarité sociale –et bien sûr le système de la sécurité sociale– qui est mis sur la sellette ; les libéraux réclament comme unique solution, au nom des « effets pervers » de l’ancien fonctionnement, la coupure entre les prestations contributives (celles de l’assurance) et les non-contributives qui relèveraient « de l’assistance et seraient financées par l’impôt ». Cette conception (pas encore mise en Å“uvre directement) inspire les réformes actuelles –celle de la sécurité sociale et celle du « traitement » du chômage. « En somme avec la réforme de 1984, un certain nombre d’évolutions du marché du travail ne sont plus considérées comme relevant du régime conventionnel et par là même de l’entreprise…le corollaire en est le transfert encore partiel de la responsabilité vers le demandeur d’emploi lui-même. » Noelle Burgi montre bien la transformation du statut du travail : non plus considéré comme source de dignité pour le travailleur mais comme facteur d’ordre pour la société et d’une rentabilité maximum pour la machine libérale : « le travail, les instruments du travail et le produit du travail sont aujourd’hui régis par une logique purement financière. Elle ne tient aucun compte de ce qu’y investissent les personne ; or même quand on congédie celles-ci avec des indemnités, celles-ci ne suppriment pas les lésions symboliques, la destruction des repères sur lesquels les agents ont opéré une jonction entre leurs préoccupations personnelles et le réel social ».D’où le développement de toutes sortes de leurres d’emploi, assimilant le chômeur à un handicapé social sur le même plan que l’handicapé physique ou psychique. Parallèlement la propagande travaille « les égoïsmes sociaux » en accentuant et la responsabilité du pauvre et la logique déresponsabilisation de celui…qui n’a pas à payer pour les autres. « Ce qui amène l’imaginaire social à perdre de vue les principes fondateurs d’une communauté de destins pour leur préférer les bas de laine et les petits calculs. » Dans cette optique, les aléas du RMI depuis son instauration sont analysés avec minutie et pertinence. Les efforts de J.-M. Bellorgey, rapporteur du projet, pour faire prévaloir constitutionnellement le double principe du droit à l’allocation et de l’insertion comme impératif national et devoir collectif à l’égard des plus pauvres n’ont pas suffi. La délégation de l’attribution du RMI aux régions et les enjeux de pouvoir qui y sont liés a encore compliqué le système et rendu l’insertion plus aléatoire. Dans ces conditions Noelle Burgi montre bien que la prétendue autonomie du demandeur d’emploi est une caricature : quelqu’un de défait voire détruit psychiquement et parfois physiquement n’est évidemment pas capable de se battre dans ce maquis plein d’embûches. L’entretien de bilan en direction des publics difficiles « est très tôt passé d’une évaluation de leur employabilité à l’appréciation de leur motivation ». Cette notion de motivation, floue et pernicieuse, permet de rendre le chômeur responsable de la prolongation de sa situation. Du côté de l’entreprise on préfère recruter des gens « normaux » et « la pauvreté de l’offre ne doit pas être sous-estimée ». Celle-ci et le sous-emploi qu’elle génère par rapport aux capacités des demandeurs apparaît de façon saisissante dans des extraits d’entretiens. Pour Noelle Burgi, les travailleurs sociaux dans leur ensemble ne doivent pas porter le poids de cette carence. La tendance est à la psychologisation, camouflant les conséquences dramatiques des choix politico-économiques : dans l’appréciation de l’employabilité, on privilégie le profil individuel. C’est la face complémentaire selon nous du « traitement » de la souffrance au travail que les entreprises elles-mêmes et leurs experts se chargent de prendre en main techniquement, comme en témoignent les lecteurs cités par Libération le 18 mars 2008 : « Dans les entreprises on apprend à gérer le stress…avec l’aide de la médecine du travail…ce qu’on nous prépare, c’est de bonnes séances de dressage pour aider le soldat de la guerre économique à ne pas péter les plombs ». De la même façon, en établissant des catégories prétendument scientifiques entre les chômeurs, on en vient à pathologiser le problème, les « élites étant complices de la dérive qui tend à faire passer la privation d’emploi pour une maladie ». Un exemple criant de cette dérive,à laquelle adhère parfois l’entourage du chômeur est décrit dans le récit :Charles, son père et l’hôpital psychiatrique, où l’on voit bien comment l’impuissance des uns et des autres pousse à se décharger du problème sur l’institution (ici la Cotorep). La conclusion du livre est pessimiste ; dans le chapitre le « Pouvoir de Mourir », Noelle Burgi montre bien, dans la ligne de la pensée de Foucault, comment la surveillance et « la prise en charge » totalitaire du chômeur, assortis de la menace de « punition » pour mauvaise conduite tendent à devenir la norme. Dans le cadre des « stratégies européennes pour l’emploi et du Traité de Lisbonne des règles du jeu « préventives » se substituent à la notion de réparation qui animaient jusqu’à présent les travailleurs sociaux. C’est en ce sens que la chercheuse dénonce les mesures d’harmonisation des minima sociaux qui tendent à orienter une grande majorité de demandeurs d’emplois vers des emplois précaires (les femmes étant particulièrement touchées puisque elles occupent 81,2% des emplois à temps partiel de moins de 15 heures hebdomadaires), la mesure dite d’intéressement, c’est-à -dire autorisant pendant douze mois le cumul d’une activité avec l’allocation ne faisant qu’aggraver les choses. « (Pour les réformateurs), l’essentiel est de réussir à stabiliser, à régulariser le va et vient des travailleurs pauvres entre différents seuils de pauvreté(« absolue », « relative »â€¦) en leur faisant jouer le jeu du marché flexible. » Sans perdre de vue la dimension tragique de la situation décrite, on ne peut que se réjouir de la radicalité de ces analyses et de l’espoir qu’elles représentent de cette jonction entre intellectuels et militants dont la société a cruellement, crucialement besoin, pour mettre fin à la destruction systématique de c e qui s’opposa –et triompha parfois– du déterminisme sociologique, l’implacabilité des destins n’étant plus seulement due à l’inégalité des classes, mais à celle, galopante, générée par une économie sauvage, sans freins et sans états d’âme, dont la financiarisation tend à l’abolition pure et simple de l’être. S’appuyant sur le livre de Rosanvallon, La Nouvelle question sociale. Repenser l’État-Providence (Le Seuil, 1994), l’auteure part de la définition de cet État-Providence, basé sur un principe assurantiel qui aurait « remplacé par une vision technique les fondements pratiques et moraux de la société » pour montrer la crise de ce système, l’extension de la pauvreté ayant provoqué jusqu’à l’absurde un effet d’emballement auquel les procédures d’indemnisation ne peuvent plus faire face. C’est la notion même de solidarité sociale –et bien sûr le système de la sécurité sociale– qui est mis sur la sellette ; les libéraux réclament comme unique solution, au nom des « effets pervers » de l’ancien fonctionnement, la coupure entre les prestations contributives (celles de l’assurance) et les non-contributives qui relèveraient « de l’assistance et seraient financées par l’impôt ». Cette conception (pas encore mise en Å“uvre directement) inspire les réformes actuelles –celle de la sécurité sociale et celle du « traitement » du chômage. « En somme avec la réforme de 1984, un certain nombre d’évolutions du marché du travail ne sont plus considérées comme relevant du régime conventionnel et par là même de l’entreprise…le corollaire en est le transfert encore partiel de la responsabilité vers le demandeur d’emploi lui-même. » Noelle Burgi montre bien la transformation du statut du travail : non plus considéré comme source de dignité pour le travailleur mais comme facteur d’ordre pour la société et d’une rentabilité maximum pour la machine libérale : « le travail, les instruments du travail et le produit du travail sont aujourd’hui régis par une logique purement financière. Elle ne tient aucun compte de ce qu’y investissent les personne ; or même quand on congédie celles-ci avec des indemnités, celles-ci ne suppriment pas les lésions symboliques, la destruction des repères sur lesquels les agents ont opéré une jonction entre leurs préoccupations personnelles et le réel social ».D’où le développement de toutes sortes de leurres d’emploi, assimilant le chômeur à un handicapé social sur le même plan que l’handicapé physique ou psychique. Parallèlement la propagande travaille « les égoïsmes sociaux » en accentuant et la responsabilité du pauvre et la logique déresponsabilisation de celui…qui n’a pas à payer pour les autres. « Ce qui amène l’imaginaire social à perdre de vue les principes fondateurs d’une communauté de destins pour leur préférer les bas de laine et les petits calculs. » Dans cette optique, les aléas du RMI depuis son instauration sont analysés avec minutie et pertinence. Les efforts de J.-M. Bellorgey, rapporteur du projet, pour faire prévaloir constitutionnellement le double principe du droit à l’allocation et de l’insertion comme impératif national et devoir collectif à l’égard des plus pauvres n’ont pas suffi. La délégation de l’attribution du RMI aux régions et les enjeux de pouvoir qui y sont liés a encore compliqué le système et rendu l’insertion plus aléatoire. Dans ces conditions Noelle Burgi montre bien que la prétendue autonomie du demandeur d’emploi est une caricature : quelqu’un de défait voire détruit psychiquement et parfois physiquement n’est évidemment pas capable de se battre dans ce maquis plein d’embûches. L’entretien de bilan en direction des publics difficiles « est très tôt passé d’une évaluation de leur employabilité à l’appréciation de leur motivation ». Cette notion de motivation, floue et pernicieuse, permet de rendre le chômeur responsable de la prolongation de sa situation. Du côté de l’entreprise on préfère recruter des gens « normaux » et « la pauvreté de l’offre ne doit pas être sous-estimée ». Celle-ci et le sous-emploi qu’elle génère par rapport aux capacités des demandeurs apparaît de façon saisissante dans des extraits d’entretiens. Pour Noelle Burgi, les travailleurs sociaux dans leur ensemble ne doivent pas porter le poids de cette carence. La tendance est à la psychologisation, camouflant les conséquences dramatiques des choix politico-économiques : dans l’appréciation de l’employabilité, on privilégie le profil individuel. C’est la face complémentaire selon nous du « traitement » de la souffrance au travail que les entreprises elles-mêmes et leurs experts se chargent de prendre en main techniquement, comme en témoignent les lecteurs cités par Libération le 18 mars 2008 : « Dans les entreprises on apprend à gérer le stress…avec l’aide de la médecine du travail…ce qu’on nous prépare, c’est de bonnes séances de dressage pour aider le soldat de la guerre économique à ne pas péter les plombs ». De la même façon, en établissant des catégories prétendument scientifiques entre les chômeurs, on en vient à pathologiser le problème, les « élites étant complices de la dérive qui tend à faire passer la privation d’emploi pour une maladie ». Un exemple criant de cette dérive,à laquelle adhère parfois l’entourage du chômeur est décrit dans le récit :Charles, son père et l’hôpital psychiatrique, où l’on voit bien comment l’impuissance des uns et des autres pousse à se décharger du problème sur l’institution (ici la Cotorep). La conclusion du livre est pessimiste ; dans le chapitre le « Pouvoir de Mourir », Noelle Burgi montre bien, dans la ligne de la pensée de Foucault, comment la surveillance et « la prise en charge » totalitaire du chômeur, assortis de la menace de « punition » pour mauvaise conduite tendent à devenir la norme. Dans le cadre des « stratégies européennes pour l’emploi et du Traité de Lisbonne des règles du jeu « préventives » se substituent à la notion de réparation qui animaient jusqu’à présent les travailleurs sociaux. C’est en ce sens que la chercheuse dénonce les mesures d’harmonisation des minima sociaux qui tendent à orienter une grande majorité de demandeurs d’emplois vers des emplois précaires (les femmes étant particulièrement touchées puisque elles occupent 81,2% des emplois à temps partiel de moins de 15 heures hebdomadaires), la mesure dite d’intéressement, c’est-à -dire autorisant pendant douze mois le cumul d’une activité avec l’allocation ne faisant qu’aggraver les choses. « (Pour les réformateurs), l’essentiel est de réussir à stabiliser, à régulariser le va et vient des travailleurs pauvres entre différents seuils de pauvreté(« absolue », « relative »â€¦) en leur faisant jouer le jeu du marché flexible. » Sans perdre de vue la dimension tragique de la situation décrite, on ne peut que se réjouir de la radicalité de ces analyses et de l’espoir qu’elles représentent de cette jonction entre intellectuels et militants dont la société a cruellement, crucialement besoin, pour mettre fin à la destruction systématique de c e qui s’opposa –et triompha parfois– du déterminisme sociologique, l’implacabilité des destins n’étant plus seulement due à l’inégalité des classes, mais à celle, galopante, générée par une économie sauvage, sans freins et sans états d’âme, dont la financiarisation tend à l’abolition pure et simple de l’être. ÀS’appuyant sur le livre de Rosanvallon, La Nouvelle question sociale. Repenser l’État-Providence (Le Seuil, 1994), l’auteure part de la définition de cet État-Providence, basé sur un principe assurantiel qui aurait « remplacé par une vision technique les fondements pratiques et moraux de la société » pour montrer la crise de ce système, l’extension de la pauvreté ayant provoqué jusqu’à l’absurde un effet d’emballement auquel les procédures d’indemnisation ne peuvent plus faire face. C’est la notion même de solidarité sociale –et bien sûr le système de la sécurité sociale– qui est mis sur la sellette ; les libéraux réclament comme unique solution, au nom des « effets pervers » de l’ancien fonctionnement, la coupure entre les prestations contributives (celles de l’assurance) et les non-contributives qui relèveraient « de l’assistance et seraient financées par l’impôt ». Cette conception (pas encore mise en Å“uvre directement) inspire les réformes actuelles –celle de la sécurité sociale et celle du « traitement » du chômage. « En somme avec la réforme de 1984, un certain nombre d’évolutions du marché du travail ne sont plus considérées comme relevant du régime conventionnel et par là même de l’entreprise…le corollaire en est le transfert encore partiel de la responsabilité vers le demandeur d’emploi lui-même. » Noelle Burgi montre bien la transformation du statut du travail : non plus considéré comme source de dignité pour le travailleur mais comme facteur d’ordre pour la société et d’une rentabilité maximum pour la machine libérale : « le travail, les instruments du travail et le produit du travail sont aujourd’hui régis par une logique purement financière. Elle ne tient aucun compte de ce qu’y investissent les personne ; or même quand on congédie celles-ci avec des indemnités, celles-ci ne suppriment pas les lésions symboliques, la destruction des repères sur lesquels les agents ont opéré une jonction entre leurs préoccupations personnelles et le réel social ».D’où le développement de toutes sortes de leurres d’emploi, assimilant le chômeur à un handicapé social sur le même plan que l’handicapé physique ou psychique. Parallèlement la propagande travaille « les égoïsmes sociaux » en accentuant et la responsabilité du pauvre et la logique déresponsabilisation de celui…qui n’a pas à payer pour les autres. « Ce qui amène l’imaginaire social à perdre de vue les principes fondateurs d’une communauté de destins pour leur préférer les bas de laine et les petits calculs. » Dans cette optique, les aléas du RMI depuis son instauration sont analysés avec minutie et pertinence. Les efforts de J.-M. Bellorgey, rapporteur du projet, pour faire prévaloir constitutionnellement le double principe du droit à l’allocation et de l’insertion comme impératif national et devoir collectif à l’égard des plus pauvres n’ont pas suffi. La délégation de l’attribution du RMI aux régions et les enjeux de pouvoir qui y sont liés a encore compliqué le système et rendu l’insertion plus aléatoire. Dans ces conditions Noelle Burgi montre bien que la prétendue autonomie du demandeur d’emploi est une caricature : quelqu’un de défait voire détruit psychiquement et parfois physiquement n’est évidemment pas capable de se battre dans ce maquis plein d’embûches. L’entretien de bilan en direction des publics difficiles « est très tôt passé d’une évaluation de leur employabilité à l’appréciation de leur motivation ». Cette notion de motivation, floue et pernicieuse, permet de rendre le chômeur responsable de la prolongation de sa situation. Du côté de l’entreprise on préfère recruter des gens « normaux » et « la pauvreté de l’offre ne doit pas être sous-estimée ». Celle-ci et le sous-emploi qu’elle génère par rapport aux capacités des demandeurs apparaît de façon saisissante dans des extraits d’entretiens. Pour Noelle Burgi, les travailleurs sociaux dans leur ensemble ne doivent pas porter le poids de cette carence. La tendance est à la psychologisation, camouflant les conséquences dramatiques des choix politico-économiques : dans l’appréciation de l’employabilité, on privilégie le profil individuel. C’est la face complémentaire selon nous du « traitement » de la souffrance au travail que les entreprises elles-mêmes et leurs experts se chargent de prendre en main techniquement, comme en témoignent les lecteurs cités par Libération le 18 mars 2008 : « Dans les entreprises on apprend à gérer le stress…avec l’aide de la médecine du travail…ce qu’on nous prépare, c’est de bonnes séances de dressage pour aider le soldat de la guerre économique à ne pas péter les plombs ». De la même façon, en établissant des catégories prétendument scientifiques entre les chômeurs, on en vient à pathologiser le problème, les « élites étant complices de la dérive qui tend à faire passer la privation d’emploi pour une maladie ». Un exemple criant de cette dérive,à laquelle adhère parfois l’entourage du chômeur est décrit dans le récit :Charles, son père et l’hôpital psychiatrique, où l’on voit bien comment l’impuissance des uns et des autres pousse à se décharger du problème sur l’institution (ici la Cotorep). La conclusion du livre est pessimiste ; dans le chapitre le « Pouvoir de Mourir », Noelle Burgi montre bien, dans la ligne de la pensée de Foucault, comment la surveillance et « la prise en charge » totalitaire du chômeur, assortis de la menace de « punition » pour mauvaise conduite tendent à devenir la norme. Dans le cadre des « stratégies européennes pour l’emploi et du Traité de Lisbonne des règles du jeu « préventives » se substituent à la notion de réparation qui animaient jusqu’à présent les travailleurs sociaux. C’est en ce sens que la chercheuse dénonce les mesures d’harmonisation des minima sociaux qui tendent à orienter une grande majorité de demandeurs d’emplois vers des emplois précaires (les femmes étant particulièrement touchées puisque elles occupent 81,2% des emplois à temps partiel de moins de 15 heures hebdomadaires), la mesure dite d’intéressement, c’est-à -dire autorisant pendant douze mois le cumul d’une activité avec l’allocation ne faisant qu’aggraver les choses. « (Pour les réformateurs), l’essentiel est de réussir à stabiliser, à régulariser le va et vient des travailleurs pauvres entre différents seuils de pauvreté(« absolue », « relative »â€¦) en leur faisant jouer le jeu du marché flexible. » Sans perdre de vue la dimension tragique de la situation décrite, on ne peut que se réjouir de la radicalité de ces analyses et de l’espoir qu’elles représentent de cette jonction entre intellectuels et militants dont la société a cruellement, crucialement besoin, pour mettre fin à la destruction systématique de c e qui s’opposa –et triompha parfois– du déterminisme sociologique, l’implacabilité des destins n’étant plus seulement due à l’inégalité des classes, mais à celle, galopante, générée par une économie sauvage, sans freins et sans états d’âme, dont la financiarisation tend à l’abolition pure et simple de l’être. Publié par Mouvements, le 18 juin 2008. http://www.mouvements.info/Une-societe-de-l-exclusion.html
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Marie-Claire Calmus