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Une autre gauche est-elle possible ? L’espace électoral du NPA

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GAUCHE. Vincent Tiberj, du CEVIPOF, analyse pour Mouvements l’électorat du Nouveau Parti Anticapitaliste. 22 juin 2008.

Entendre les voix de 2007

La dernière présidentielle a été interprétée très souvent avec 2002 en tête. Le contraste est en effet saisissant : mobilisation exceptionnelle quand 2002 marquait un record d’abstention et la crise de défiance politique dans l’électorat, retour en grâce des partis de gouvernement contre les votes aux extrêmes de 2002, bipolarisation des voix face à l’extrême dispersion des suffrages cinq ans auparavant, come-back des monopoles PS et UMP sur leur camp respectif. Autant d’éléments qui convergent vers une dynamique de bipartisme à la Française [1] et, conséquemment, on voit de nouveau poindre au PS la tentation blairiste d’une « troisième voie ».

Ainsi brossée, la scène politique ne laisserait guère de place à la création d’un « nouveau parti anticapitaliste » initiée par la LCR. L’essentiel des regards et des stratégies présidentielles entre les deux tours se sont portés sur l’électorat centriste. Pourtant un candidat est sorti indemne du vote utile, Olivier Besancenot. Premièrement, face une offre politique saturée à la gauche de la gauche, ses suffrages équivalent quasiment aux électorats Laguiller, Buffet et Bové additionnés. Deuxièmement, il est le seul dans la gauche non-socialiste à avoir progressé en nombre de voix. 2002 n’aurait pu être qu’un accident, dans la logique des partis-flash [2] qui apparaissent et disparaissent régulièrement dans les démocraties modernes, sa reproduction en 2007 plaide au contraire pour une installation durable dans le champ politique.

Enfin, la dernière présidentielle a renforcé l’image du porte-parole de la LCR. La cote d’avenir d’Olivier Besancenot mesurée par TNS-Sofres depuis octobre 2004 fait apparaître une rupture en 2007 : avant, en moyenne 24.5% des Français voulaient lui voir jouer un rôle important à l’avenir ; après, ils sont désormais 37.5% en moyenne. En juin 2008, il intègre le top 10 des personnalités politiques « d’avenir » faisant jeu égal (43%) avec Ségolène Royal (41%) ou Dominique Strauss-Kahn (45%). Les résultats des municipales et cantonales de 2008 masquent de fait un renforcement au plan local de la LCR. 110 listes sur 200 présentées ou soutenues par la LCR ont dépassé la barre des 5% ; dès le 1er tour, la Ligue compte 72 élus et, même si ces résultats [3] s’expliquent souvent par la présence d’une liste de la gauche plurielle unie, ce parti continue dans cette phase de construction locale initiée dès le début des années 2000.

2007 ne sanctuarise donc pas le bipartisme hexagonal. Il existe bien un espace pour une autre gauche dans lequel, pour l’heure, Olivier Besancenot fait figure de premier leader potentiel. Il s’agira ici de déterminer les raisons de ce « succès d’estime » qui amène le porte-parole de la LCR à s’imposer face à des partis et leaders pourtant installés durablement dans les gauches électorales, d’en identifier le potentiel de progression mais également d’en cerner les limites.

Olivier Besancenot, la synthèse des gauches non-socialistes

L’ascension d’Olivier Besancenot se comprend dans l’évolution des peuples de gauche. Schématiquement elle s’ancre dans une double « nouvelle donne » : l’une sociale, avec une assise qui s’appuie de moins en moins sur l’usine et les cols bleus et de plus en plus sur les classes moyennes et diplômées ; l’autre normative, avec l’apparition en sus de la gauche économique d’une gauche sociétale portée par la montée de valeurs culturelles [4] (écologie, ouverture culturelle, tolérance sexuelle, etc…), prégnante particulièrement dans les générations [5] d’après 1968. Cette nouvelle donne n’est pas si nouvelle et travaille la relation électorat / offre politique, depuis deux décennies [6], avec, du côté de l’offre, un recentrage des partis sociaux-démocrates sur des enjeux sociétaux au détriment des enjeux sociaux, l’émergence de nouvelles organisations politiques dont les Verts qui s’ancrent sur ces nouvelles valeurs, et du côté de l’électorat, l’érosion du vote populaire en faveur de la gauche, la montée d’un électorat sociocritique qui ne se reconnaît pas dans la course au centre des partis de gauche et le fait savoir, soit par l’abstention, soit par le rejet des grands partis, en France et ailleurs.

Pourquoi Besancenot en réponse ? Après tout des alternatives à gauche, il en existe d’autres, certaines anciennes comme le PCF ou LO, d’autres plus récentes comme les Verts ou la candidature Bové. Si on analyse non les votes mais les potentiels électoraux [7] en 2007, Olivier Besancenot est cité par 34% des électeurs de gauche comme choix possible, certes moins que Ségolène Royal (72.5%), mais presque deux fois plus que ses autres concurrents – Arlette Laguiller, Marie-George Buffet et José Bové n’étant cités que par 17 à 19% des électeurs de gauche. Surtout à la différence de ses concurrents non-socialistes, le porte-parole de la LCR est un candidat de synthèse à même de capitaliser à la fois sur l’antilibéralisme économique et le libéralisme culturel, de réconcilier les gauches en quelque sorte.

Deux cas typiques se distinguent, Voynet et Laguiller : la première progresse essentiellement avec la montée du libéralisme culturel (entre +17 et+29 selon l’attitude à l’égard du libéralisme économique), quand la seconde progresse sur l’antilibéralisme économique (entre +20 et +14 selon l’attitude autoritaire ou libertaire). Olivier Besancenot fait aussi bien que ses deux concurrentes dans les groupes qui leurs sont les plus défavorables mais profite mieux qu’elles du libéralisme culturel et de l’antilibéralisme économique. Il devance la candidate verte sur ses terres électorales de 22 points et sa concurrente trotskyste de 12 points. Il obtient ainsi une « double mention », ouverture sociétale et résistance sociale, fruit probable du positionnement idéologique spécifique de la LCR, à la fois à la pointe des combats matérialistes pour la sauvegarde des emplois (terrain partagé avec LO) et des combats postmatérialistes (sociétaux et environnementaux, partagés aussi avec les Verts).

Reste le cas Buffet, dont le potentiel électoral réplique la structure d’Olivier Besancenot, avec un succès bien moindre. Ici se dessine une autre ligne de force pour la LCR, celle du renouvellement générationnel. Le PCF aurait pu incarner la gauche sociocritique, ne serait-ce qu’à travers une organisation partisane encore incomparablement plus structurée que tous ses concurrents non-socialistes. Mais sa mue inachevée et son alliance avec le PS l’handicapent. Surtout, d’un point de vue électoral, le communisme c’est du « passé en devenir ». Ses réserves à gauche sont celles socialisées lors de son ancienne grandeur : les générations nées entre 1933 et 1961, entrées en politique quand le PCF incarnait encore la lutte des classes, sont les seules à lui donner 23% de potentiel électoral ; dans les cohortes nées après 1967, il n’est plus que de 15% et se situe derrière Arlette Laguiller ou Dominique Voynet. Les soutiens d’Olivier Besancenot présentent le cas de figure inverse : ils sont minimaux (19%) chez les électeurs nés dans les années 30, appelés à quitter la scène électorale, et maximaux chez les électeurs nés dans les années 70 et 80, appelés à gagner en importance, avec une pointe de 42% parmi les « nouveaux électeurs » de 2002.

Vers une crise de croissance ?

Une synthèse des antilibéraux, l’avenir pour son candidat, le Nouveau Parti Anticapitaliste dispose d’un réel potentiel. S’il avait fait le plein des possibles, Olivier Besancenot aurait obtenu 15% des suffrages d’avril 2007. Pourtant ses succès ou échecs futurs dépendent pour beaucoup de la stratégie du PS. En 2007, Ségolène Royal rassemblait toutes les gauches, devançant même Olivier Besancenot chez les antilibéraux (59% contre 44% chez les autoritaires, 77% contre 60% chez les libertaires). Si le PS s’engage sur la 3ème voie, alors le NPA verra son potentiel grandir ; si au contraire le PS tourne à gauche, c’est l’espace politique qui manquera. N’oublions pas que l’installation de l’extrême-gauche dans les urnes s’est stabilisée sous le gouvernement Jospin. La cure d’opposition du PS lui évite la dialectique entre idées et « réalités » qui lui a tant nui en 2002.

Enfin, va se poser la question de l’institutionnalisation du NPA, sa capacité à exister au-delà de la figure charismatique qui l’incarne. Pour l’heure, seuls 2% des électeurs se disent proches de la LCR. Cette phase passe par un maillage territorial mais aussi par la création d’un réseau d’élus. Or, le système électoral français s’avère particulièrement conservateur face aux nouveaux venus. Le FN et les Verts en ont fait déjà l’expérience et pourtant ceux-ci bénéficiaient d’une structure d’opportunité électorale plus favorable, notamment la représentation proportionnelle. Aujourd’hui, si on excepte les Européennes, les modes de scrutin pratiqués obligent quasiment à l’alliance pour exister. Le NPA ne pourra donc calquer le succès fulgurant de die Linke. Ne sera-t-il alors qu’un porte-voix pour une autre gauche ?

Publié par Mouvements, le 22 juin 2008. http://www.mouvements.info/Une-autre-gauche-est-elle-possible.html

P.-S.

Retrouvez les autres contributions à ce débat :

Francine Bavay - Une nouvelle approche est possible ! Elle ne passe pas par l’opposition permanente Philippe Corcuff - L’aventure "NPA" : un chaos créateur, et comment "le mort saisit le vif" dans la gauche de la gauche Michel Husson - NPA : nulle part ailleurs ?

Mais aussi les articles initialement publiés sur Mouvements.info en juin dernier :

Clémentine Autain - Un autre parti est-il possible ? Jean-Christophe Cambadélis - Où allez-vous ? Olivier Dartigolles - Ne pas se tromper d’ambition Noël Mamère - À quoi sert le NPA ? François Sabado - Pour un Nouveau Parti Anticapitaliste Denis Sieffert - Une autre vision de l’alternative : l’appel de Politis

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5 Messages de forum

  • Comme l’écrit le dernier des maohicans Alain Badiou, il est plus facile de faire consensus sur le mal que sur le bien. Est-ce pour cela que la LCR a abandonné le communisme et la révolution pour l’anticapitalisme ?

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    • A Sophie Lapierre,

      Si la situation actuelle ne nous convient pas, il s’agit de dire pourquoi, et comment. La critique comme point de départ de la construction vous est-elle si étrangère ? De plus, s’il s’agit d’un problème de mots pour vous, croyez vous que la référence au communisme dans le nom du PCF soit-elle encore d’actualité à l’épreuve de ses actes ? De même pour la dénomination socialiste dans le nom du PS.

      Je pense pour ma part qu’il faut se focaliser, dans la proposition de la LCR (qui si elle marche entraînera sa dissolution), sur les axes programmatiques et stratégiques fixés comme point de départ :

      Anticapitalisme, féminisme, internationalisme, écologie, indépendance vis à vis du PS.

      Cela me semble constituer un tout à la fois cohérent car il fixe une délimitation , tout en laissant la porte ouvert à des cultures politique et militantes différentes.

      Cordialement

      Hicham Jabar

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    • La LCR n’a absolument pas abandonné le communisme et la révolution.

      Les ex-militants LCR à l’intérieur du NPA seront toujours communistes et révolutionnaires, je ne vois pas pourquoi ils devraient s’auto-renier !

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      • Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) ? Parti Anticapitaliste (PA) ? ou plutôt Anticapitaliste - Antifasciste - Antinucléaire ! (AAA)

        Et bien il était temps qu’ils s’en séparent enfin de leurs bribes électorales majorées entre 1 et 5% des suffrages lors des scrutins pour foncer désormais la tête haute, cornes en avant dans le lard du capitalisme pour à long terme certainement devenir la première formation politique mondiale pour peu que chaque électeur fasse le bon choix dans ses décisions qui le poussent à glisser un bulletin de vote dans les boîtes moisies ou en plexiglas des états bureaucratiques qui tiennent lieu d’urnes pour un candidat plutôt que pour un (une) autre. Seulement avec un nom pareil (NPA) c’est mal barré ! Trop flou, trop vague car à ne pas s’y méprendre et si l’on daigne suffisamment rester dans une logique historique, idéologique et militante il paraît évident que la dénomination AAA serait plus appropriée. « Nouveau Parti Anticapitaliste Â» ? Comme si auparavant l’anticapitalisme déjà exprimé ne constituait qu’une vieillerie désavouée qui se renouvelle difficilement. C’est d’ailleurs le point de vue généralement rencontré chez les droitiers au point d’en devenir agaçant dès qu’ils ont l’occasion de casser du bois sur le dos de l’extrême gauche pour ainsi, sous ce faux stratagème intellectuel, masquer l’urgence réelle qu’il y aurait à passer maintenant à l’après capitalisme tout en évitant le goût encore amer que laisse le social libéralisme*, le socialisme capitalisé, appelez-le comme vous voulez ça restera toujours de la « sauce dém’ Â» ! L’appellation est certes encore en gestation et les propositions doivent affluer en faveur d’une coïncidence avec le plus grand nombre d’individus qui pourraient s’y reconnaître et qu’après tout, son nom n’a que peu d’importance par rapport aux perspectives que la formation Anticapitaliste - Antifasciste et Antinucléaire (NPA - AAA) tient sous sa bannière dans son autre manière de gérer les rapports humains et par conséquent les rapports économiques qu’ils tissent entre eux. N’en doutons pas mais le fait de préserver la particule « parti Â» pour désigner un mouvement d’émancipation et d’avenir me semble légèrement archaïque quant au préfixe « nouveau Â» il est encore plus ancestral qu’il n’y paraît sous ses faux apparats novateurs ! Donc sur trois termes il n’y en a qu’un de bon, l’ « anticapitalisme Â». Pourquoi ne pas y rajouter antifasciste et antinucléaire ? Ça fait peut-être beaucoup d’ « anti Â» (« An…AN…ANTICAPITALISTA Â» chantait le cortège…) mais ça fait partie de l’histoire et synthétiserait assez justement d’une part les motivations des non inscrits qui représentent quand même un bon tiers des électeurs et d’autre part tracerait tri latéralement les contours d’un combat politique qui, si il se veut anticapitaliste, ne peut contourner l’antifascisme qui dénonce la violence économique ou toutes autres formes d’exploitations qu’opèrent les droites dites radicales, traditionnelles ou conservatrices cachant ainsi le dégât social qu’elles engendrent pour devenir si riches. Enfin pour finir, l’antinucléaire s’il est révolutionnaire dans les énergies n’en constitue pas moins le levier fondamental actuel de l’essor d’une contestation contre la surcapitalisation des économies nourricières des spéculations et des formes de domination que pourraient infliger certains pays à d’autres au travers d’une course au pouvoir énergétique qui de toutes façons ne durera pas longtemps.

        L’ après capitalisme sans passer par la case socialiste… « Diagnostic pour la rénovation Â» titrait le pupitre du discours de clôture de François Hollande à l’université d’été du parti socialiste où se réunissait tout le gotha réformiste des gauches modérées. Diagnostic pour placebo politique aurait été plus juste pour définir ce que représente et synthétise l’absolu manque d’aboutissement des programmes gouvernementaux orchestrés jusqu’ici par les socialistes. Eux-mêmes en sont au diagnostic et n’ont apparemment toujours pas trouvé le médecin adéquat capable de soigner les blessures et les plaies d’une politique qu’ils mènent sans en reconnaître les limites du réformisme qu’elle envisage. Et bien au Nouveau Parti Anticapitaliste ce n’est pas d’un placebo politique dont il est question mais de solidifier les bases propices à l’élaboration d’une concrétisation réelle des objectifs fixés par la IVème Internationale rapidement rejetée par les courants socialisants voués déjà à l’époque à une impasse idéologique dans ce qui constituait alors une manière de penser les possibilités de réprimer les effets dévastateurs du capitalisme. En continuant à présenter et à se placer dans le socialisme pour se situer en affinité avec une politique du moindre mal on limite la portée historique des politiques des gauches en adoptant des balises modérées face à un capitalisme censé être combattu par une séparation idéologique prise au point de départ de l’histoire de ce combat et non pas d’en établir « ce qui pourra être fait Â» et rejeter « ce qui ne pourra pas être fait Â» comme le claironne actuellement la tribune du PS. Ce parti socialiste est malheureusement aujourd’hui peu habilité à faire preuve dans ses programmes d’une véritable rupture avec le capitalisme tout au plus s’y accole-t-il (ce n’est déjà pas si mal peuvent dire les plus ambitieux) au mieux il peut prétendre en améliorer les équilibres et fonctionner avec lui tout en garantissant la séparation riche / pauvre que par définition le capitalisme tient pour immuable. Quant à vouloir l’atténuer comme il le prétend également, cette distance riches / pauvres risque au contraire à long terme de s’accroître de la même manière qu’elle s’accroît par les politiques de droite et cette proposition politique déjà pas si mal et du moindre mal n’est qu’une stratégie pour amadouer les électeurs pour les éloigner ainsi du sens idéologique des luttes envisagées contre un pouvoir et un système. Comme pour être au pouvoir il faut être capitaliste, les socialistes sont devenus capitalistes et les ruptures annoncées se sont transformées en nuances, améliorations, diminution, réduction mais pas changements profonds suivis d’une modification des programmes politiques capables de donner une réponse dans la recherche d’une réorganisation des équilibres économiques. Ce changement le NPA en est le dépositaire puisqu’il le porte en lui dans des formes d’émiettement de plusieurs structures d’extrême gauche depuis presque un siècle de propositions et d’actions militantes.

        Un siècle de propositions ! Si une part des comités régionaux rappellent la référence à la IVème Internationale ce n’est pas anodin et réponds je pense assez largement aux critiques de surface qui reprochent au NPA de ne pas avoir de programme politique suffisamment élaboré pour dépasser son assignation à une minorité mal définie. Il s’en est écoulé des années depuis la séparation des socialistes et des communistes et s’en sont passés des ravages du capitalisme depuis sans que jamais ne furent remises en question les orientations d’une majorité « socialisante Â» et quand celle-ci parle de changement ce n’est que pour mieux s’appointer et se compromettre dans le capitalisme. Pas plus que ne s’expliquent les raisons de l’échec d’une politique socialiste tant que ne sera pas accepté que pour faire évoluer le social et l’économique il faut avant tout changer de politique et non pas s’ancrer dans les bases d’une forme socialiste maintenant traditionnelle prétendue la plus apte à modifier, gérer, insuffler les modifications raisonnables qu’il y aurait à adopter. Que le social et l’économique découlent du politique et qu’on puisse y apporter des aménagements plutôt que de profondes modifications pour reprendre le langage du secrétaire du parti socialiste cela se conçoit aisément mais là où il y a impasse c’est qu’au parti socialiste on ne vous explique pas clairement qu’on n’obtient les changements sociaux et économiques qu’au degré de changement de la politique envisagée et comme au PS le système capitaliste n’est pas remis en question il ne faut guère espérer des modifications importantes de son côté à l’avenir. Pour que des changements réels puissent se concrétiser il faut avant tout changer de politique et l’idéologie dominante qui s’y développe. Et pour l’instant comme il n’y a qu’au NPA que les bonnes questions qui remettent en cause les bases du système capitaliste sont posées je ne vois pas pourquoi il ne reprendrait pas sa « majorité Â» volé depuis près d’un siècle. Il faudra bien qu’un jour cela arrive. Cela mettra un peu de temps mais c’est inéluctable puisqu’en s’élargissant en nouveau parti anticapitaliste voilà réappropriées les bases intellectuelles nécessaires pour enfin mettre en pratiques les réels changements qu’attendent depuis plus d’un siècle les peuples engagés dans leur opposition au capitalisme… Au moins l’existence de cet élargissement permettra de renouer avec un droit à la parole concernant ce qu’on modifie du capitalisme pour aller plus loin que ce que n’est capable de faire le parti socialiste, reconnaissance légitime et révolutionnaire d’une opposition jusqu’ici minorée par une structure politique dominante modérée dans ses promesses politiques (le PS) et ses projets de société qui sont évidemment mieux que ceux de la droite mais pas suffisants au plan de la conception du partage des richesses. Il est malheureusement fort peu probable que beaucoup de socialistes comprennent l’impasse politique qui est la cause de leur défaite et ils préfèrent oublier que leur parti était également issu d’une minorité devenue majorité mais que l’inverse est également possible et alors pourquoi qu’aujourd’hui le NPA arrivé à une maturité intellectuelle hors pair ne parviendrait-il pas à exercer son statut de structure intellectuelle majoritaire grâce au bon sens du choix des électeurs en faveur d’une préférence politique nouvellement revigorée par la stupeur de la non prise en considération européenne du refus prononcé contre le Traité de constitution européenne, les licenciements abusifs, les délocalisations et la baisse du pouvoir d’achat ?

        *Le terme « social libéralisme Â» a encore été fermement défendu l’autre matin sur France Culture par un Julien Dray convaincu que « Ã§a vaut encore le coup aujourd’hui d’être socialiste Â» et qu’il ne regrette pas d’avoir été 10 ans trotskyste mais qu’il a tourné la page. Son attachement à cette formation politique à caractère révolutionnaire modéré voir mitigé est tenace et n’augure en rien de changements profonds car pour changer un système - si on prétend vouloir changer les choses - il faudrait avant tout changer de structure politique ce en quoi s’engage la formation anticapitaliste naissante dans la possibilité qu’elle donne à dépasser les vulgaires discours réformistes.

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  • ON PROVOQUE ?

    José Saramago, le grand, le modèle, le Portugais prix Nobel de littérature, a récemment écrit :

    A Esquerda nem pensa, nem age, nem arrisca. (La Izquierda ni piensa, ni actúa, ni arriesga. La Gauche ni réfléchit, ni agit, ni prend des risques.)

    Et si on le provoquait ? Si on faisait une distinction entre les partis politiques qui se disent de gauche et les citoyens qui eux le sont vraiment ? Si par exemple on faisait circuler un manifeste, chacun y apportant sa signature ? Et on envoie tout ça à Saramago ? D’accord ? Allez on commence :

    MANIFESTE DU CITOYEN

    En ma qualité de citoyen, je déclare :

    A. Être indigné de savoir qu’une partie de mes impôts est versée à des banquiers. Je demande que soit constituée d’urgence une société bancaire et financière de l’Etat,

    B. Être scandalisé devant l’insécurité des travailleurs, hommes et femmes et je demande que soient établies d’urgence de nouvelles lois garantissant et sécurisant l’emploi et aussi les retraites des travailleurs,

    C. Ne pas admettre l’injustice sociale actuelle. J’exige que soit effectuée une profonde réforme fiscale pouvant aller jusqu’au taux de 100% pour les revenus dépassant le niveau maximum autorisé (RMA) comme de même l’application de mesures légales tendant à limiter l’extrême richesse (Patrimoine Maximum Autorisé),

    D. Refuser catégoriquement la publicité politique mensongère, le "bourrage de crâne", la diffusion d’information tendancieuse. J’exige que soit étudiée et établie une loi punissant sévèrement le "délit de désinformation" et que soient créés des moyens de communication de l’Etat réservés à l’information vraie et digne des citoyens, lesquels devront avoir la possibilité de s’y exprimer.

    E. Exiger la cessation immédiate de privatisation de toute entreprise publique ainsi que de maintenir ou nationaliser au moins à 80% les activités liées à l’énergie, l’eau, le transport public, l’éducation, la santé et tout ce qui touche à la vie des citoyens.

    F. Ne pas accepter l’exploitation par des sociétés privées des richesses des pays du tiers-monde sans contrôle des Nations Unies et/ou d’ États volontaires. Je demande que soit mis fin à la dénutrition, à la consommation d’eau non potable, à l’absence d’attention médicale et médicamenteuse des populations pauvres de ces pays comme de même que soit organisée et mise en place une vraie politique de contrôle volontaire des naissances dans ces populations.

    G. Exiger que mon pays, comme l’ensemble de la communauté internationale punisse les gouvernements des pays belliqueux par les moyens dont il dispose sur les plans économique, financier, commercial, touristique, politique, diplomatique, etc.

    H. Enfin, et ceci est le point le plus important : exiger que la démocratie soit renforcée, que le peuple puisse directement élaborer et voter des lois comme aussi abroger des lois récentes et modifier la Constitution. Seule la démocratie directe permettra d’en finir avec la collusion du pouvoir économique avec le pouvoir politique. Les référendums d’initiative populaire constituent l’outil idéal à l’exercice de la démocratie directe, quand ils ne sont pas volontairement rendus inopérants comme c’est le cas en France.

    En conséquence, j’exige donc que le Président de la République décrète immédiatement un référendum soumettant au peuple souverain de nouvelles lois sur tous les points antérieurs, ceci sans pièges ni astuces qui déformeraient les principes énoncés, comme c’est souvent le cas.

    J’écris devant le numéro de signataire libre, mon nom, mon pays, les items acceptés et envoi ce mail à au moins 3 de mes copains et copines dans moins d’une semaine (*).

    1 Michel Carles France ABCDEFGH

    2

    3

    4

    5

    6

    7

    8

    9

    10

    11

    12

    (*) Merci de ne pas modifier le texte original, ceci afin de respecter les signatures antérieures. Si vous trouvez qu’il manque des items, signalez-le à mspschile@gmail.com Celui ou celle qui atteint le No 12 envoie le même mail avec les 12 signataires à l’adresse antérieure. Ici avec des potes on compile tous les mails et on achemine à José Saramago. Vous savez que si par exemple chacun envoie à 3 ami(e)s et que ceux-ci font de même dans la semaine qui suit, et ainsi de suite, au bout de 12 semaines, donc 3 mois, c’est-à-dire quand celui ou celle qui signe le manifeste comme 12ème signataire, on a recueilli 265.720 signatures différentes ! José Saramago est débordé ! Et sûrement heureux ! On a fait un tabac !

    En plus, comme nous on habite différents pays d’Amérique latine, on lance la même chaîne en 2 autres langues : l’espagnol et le portugais. Vous pouvez consulter ces 2 autres versions et le résultat final sur le site : www.fortinmapocho.com Une fois lancé le premier mail, nous, nous n’avons plus de contrôle pendant 3 mois. Alors si certains d’entre vous, au moment de la 8ème ou 9ème signature par exemple, en même temps qu’il achemine à ses ami(e)s, nous envoie aussi une copie, ( à mspschile@gmail.com ), on pourra calculer le nombre de signatures, qui eut être bien supérieur, et publier des résultats partiels sur le même site.

    Le plus important est la continuité des mails, il faut donc que chacun transmette à des amis ou amies sûrs, motivés, démocrates convaincus, portant haut le flambeau de la vraie Gauche, comme le fait inlassablement José Saramago.

    Voilà. Alors on provoque ? (**)

    (**) A CEUX QUI LISENT CE MANIFESTE DANS DES BLOGS O FORUMS : si vous voulez participer, vous pouvez le faire en simplement faisant un copier-coller du texte, complet bien sûr,le signer comme indiqué et l’envoyer le plus vite possible à trois autres ami(e)s.

    Voir en ligne : MANIFESTE

    Répondre à ce message

auteur Vincent Tiberj
CEVIPOF-Sciences Po

Pourquoi ce texte?

Mouvements met en débat le NPA, avec :

Francine Bavay - Une nouvelle approche est possible ! Elle ne passe pas par l’opposition permanente
Philippe Corcuff - L’aventure "NPA" : un chaos créateur Michel Husson - NPA : nulle part ailleurs ?

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Denis Sieffert - Une autre vision de l’alternative : l’appel de Politis
Vincent Tiberj - Une autre gauche est-elle possible ? L’espace électoral du NPA

Notes

[1] Gérard Grunberg et Florence Haegel, La France vers le bipartisme ? La présidentialisation du PS et de l’UMP, Paris, Presses de Sciences Po, 2007

[2] Philip E. Converse, "Of Time and Partisan Stability," Comparative Political Studies 2 (July 1969) : 139-71.

[3] Source, Sylvia Zappi, « La LCR a surtout progressé dans les villes ancrées à gauche Â», le Monde, 13 mars 2008.

[4] Herbert Kitschelt, The radical right in Western Europe : a comparative analysis, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1995.

[5] Guy Michelat, Vincent Tiberj, « Gauche, centre, droite et vote : permanence et mutation d’une opposition Â», Revue Française de Science Politique, 57, (3), juin 2007, pp. 369-392

[6] Adam Przeworski, John Sprague, Paper Stones : A History of Electoral Socialism, Chicago, University of Chicago Press, 1986.

[7] Enquête CEVIPOF-Ministère de l’Intérieur, auprès de 4004 individus interrogés entre le 29 mars et le 21 avril 2007. Le potentiel est mesuré à partir de la question Â» pour quels candidats pourriez-vous voter ? Â»

Mots clés

NPA

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