articleStatistiques « ethniques » : les syllogismes de l’antiracismePar MouvementsLa vieille querelle des statistiques dites ethniques a connu un sérieux dérapage ces derniers mois. Prenant prétexte d’un amendement à la loi Hortefeux sur la « maîtrise de l’immigration » modifiant la loi Informatique et Liberté visant à encadrer les études « sur la mesure de la diversité, l’intégration et les discriminations », SOS racisme a lancé une pétition attaquant une enquête scientifique réalisée par l’INSEE et l’INED et portant sur les trajectoires d’intégration et les discriminations. Accusée de constituer un « renoncement aux principes républicains », l’enquête sert de victime sacrificielle sur l’autel d’un antiracisme qui s’égare, affolé de son impuissance face à une xénophobie devenue d’État. De quoi s’agit-il au juste ? Il est reproché de parler d’origines, de couleur de peau et de religion. Curiosité mal inspirée sans doute dans une enquête dont l’objet consiste précisément à recueillir les expériences des discriminations qui se construisent sur ces critères. Ne reculant devant aucun syllogisme, SOS racisme fait donc d’une enquête anonyme et à la participation facultative le principal vecteur du racisme. Il faudrait donc une fois encore occulter les discriminations raciales, les euphémiser pour s’en tenir à de grands discours théoriques sur l’égalité. Ne pas restituer l’expérience du racisme par celles et ceux qui le subissent, et ne parler que des « auteurs des discriminations » comme l’y invite de manière péremptoire la pétition. Ce discours incantatoire sur l’« égalité républicaine » est hypocrite et dangereux, car il ne se donne pas les moyens de combattre au quotidien les discriminations et le racisme. Avant de rejoindre le camp des « croyants de l’universalisme républicain », SOS racisme avait pourtant été un acteur anti-raciste plus exigeant dans les années 80-90. Voici donc le programme que propose l’association antiraciste, qui va jusqu’à demander la censure a priori d’une enquête scientifique. Peu relevé, le fait de vouloir faire interdire une enquête est une première dans les rangs du mouvement progressiste. Il témoigne de la singulière tournure prise par les controverses politiques autour du foulard et de la laïcité à l’école ou des mémoires minoritaires, c’est-à -dire à chaque fois que le modèle républicain est mis en question et que sa révision est à l’ordre du jour. Car comment expliquer la position tenue par SOS racisme dans cette affaire sans y voir un rôle de « chien de garde » énervé d’un modèle confronté à ses indépassables contradictions ? Sans doute que les grandes manÅ“uvres qui agitent le PS ont à voir avec la stratégie déployée, ou, pour être plus précis, les trajectoires personnelles de Julien Dray et de Malik Boutih. Figures tutellaires de SOS racisme, ils ont accompagné, sinon déclenché, le tournant sécuritaire amorcé par le PS. Sans doute enfin que l’association qui a accompli un virage de l’antiracisme adossé à la lutte contre le Front national vers la lutte contre les discriminations, cherche à construire son hégémonie sur une thématique en plein essor. Le paysage des associations antiracistes a été profondément bouleversé par les clivages apparus autour du conflit israélo-palestinien. Le choix de SOS racisme de s’associer à la Licra pour faire de la résurgence de l’antisémitisme le phénomène majeur de ces dernières années, quitte à l’opposer à l’islamophobie, les a amenés à s’opposer durement aux autres associations, notamment la LDH et le MRAP. D’autres pistes seraient à suivre pour reconstituer les logiques derrière l’agenda de SOS racisme dans cette affaire. Dans l’immédiat, Mouvements prend position non pas sur la question des statistiques dites ethniques, sujet complexe qui demande à être débattu sur la durée, mais sur la pétition elle-même et ses conséquences. Tout d’abord en publiant le texte de réaction à la pétition signé par plus de 300 chercheuses et chercheurs en France et à l’étranger. Ensuite en ouvrant une série de textes autour de cette controverse dont les premiers sont signés par Pap Ndiaye, Vincent Tiberj et Sylvain Brouard, Jean-Luc Moreau et Eric Fassin. Vous êtes invités à adresser vos textes s’inscrivant dans ce débat. Publié par Mouvements, le 13 février 2008. http://www.mouvements.info/Statistiques-ethniques-les.html
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