articleSoutenir les mobilisations de sans-papiersPar MouvementsPrès de 1000 régularisations : c’est le bilan actuel de la grève des travailleurs sans-papiers, initiée l’hiver dernier. Le 13 février 2008, les cuisiniers de « la Grande Armée », à Paris, cessent le travail et entament l’occupation du restaurant. Ils sont soutenus par la CGT et Droits Devants !, qui s’appuient sur une circulaire gouvernementale. Celle-ci autorise les préfets à examiner particulièrement les demandes de régularisation qui concernent les métiers « en tension », pour lesquelles la main-d’œuvre manque. Ils inaugurent ainsi un conflit social inédit, au regard de son ampleur, de sa durée comme de ses acteurs et actrices : les sans-papiers revendiquent désormais en tant que salarié-e-s, soutenus par des syndicats (la CGT, donc, mais aussi la CNT et Solidaires). Si cette grève n’est pas « générale », elle n’est à l’évidence pas « classique », limitée à une entreprise ou à un secteur d’activité : rapidement, tous les métiers « en tension » (restauration, bâtiment, nettoyage, etc.) sont touchés. Les premières régularisations n’entraînent pas une baisse de la mobilisation, mais la renforcent, qui poussent d’autres travailleurs à la rejoindre. Mouvements propose trois textes qui en analysent les ressorts, les avancées mais aussi les limites :
« Nos compagnons secrets » par Marc Bernardot, initialement publié sur notre site en juillet dernier ; Une brèche, pour des victoires partielles : les régularisations restent suspendues au bon vouloir, éminemment discretionnaire, des préfectures concernées. Des sans papiers, collègues de travail entrés dans le mouvement au même moment, et justifiant de la même ancienneté ne sont pas assurés d’être tous régularisés. Une brèche, qu’il est donc nécessaire d’élargir. De fait, tou-t-es les sans-papiers ne justifient pas d’une activité légalement rémunérée. Qu’ils travaillent, soient malades, ou contraints de se cacher pour échapper aux contrôles, etc. leurs perspectives sont suspendues à l’arbitraire d’une politique injuste. La mobilisation ne concerne donc pas les seuls travailleurs : l’occupation de la Bourse du Travail, qui dure depuis le 2 mai le montre à sa façon, de même que les mouvements de rébellion de l’été, à l’intérieur des centres de rétention. Mais là , le gouvernement n’entend pas faciliter la tâche des soutiens : après avoir dénoncé l’irresponsabilité de RESF (suite à l’incendie du CRA de Vincennes) et de Sos Sans-Papiers (suite à un départ de feu au Mesnil-Amelot), Brice Hortefeux remet en cause le rôle de la Cimade, jusqu’alors autorisée à visiter tous les centres de rétention, exigeant notamment un devoir de neutralité et de confidentialité des organisations autorisée à y intervenir. À Rennes, ce sont les membres d’un collectif de soutien qui ont comparu devant le tribunal, le 19 septembre, pour « injure et diffamation », ce dont rend compte l’article de Stéphane Le Lay, « techniques d’intimidation : les soutiens aux sans-papiers sous la pression judiciaire ». Leur tort ? avoir diffusé un tract qui dénonçait le rôle de la Police aux frontières. Or l’outrance de leur propos n’est rien en comparaison de celle de la politique menée par Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Outrancière, cette politique l’est d’autant plus que son absurdité est évidente : elle n’a d’autre fin qu’atteindre un objectif chiffré, son efficacité ne sera mesurée qu’à l’aune du nombre de personne expulsées. Damien De Blic, dans un article initialement paru au printemps 2007, le démontre, en calculant le coût de cette politique. Mouvements entend jouer pleinement son rôle en soutenant les mobilisations, tout d’abord en en rendant compte, mais surtout, conformément à la philosophie suivie par la revue, en proposant des analyses des logiques produisant les effarantes situations d’exploitation et de non-droit créées par les lois de contrôle de l’immigration, ainsi que de leurs conséquences. La revue prendra d’autres initiatives prochainement et attend vos contributions. « Nos compagnons secrets » par Marc Bernardot ; Publié par Mouvements, le 22 septembre 2008. http://www.mouvements.info/Soutenir-les-mobilisations-de-sans.html
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