articleRévolution écologique (euh…si possible)Par Mouvements
D’un côté, les promesses : spectaculaires, solennelles, ambitieuses. De l’autre, la marge de manoeuvre laissée à leur mise en place. Le Grenelle a consacré la légitimité institutionnelle de l’écologie. Les politiques qui en découleront seront elles éco-compatibles ? Les doutes que suscitaient parmi nous le Grenelle de l’environnement ne se sont pas dissipés avec la conclusion des dernières tables rondes. Et si ce processus de discussions ressemblait à un épi de maïs génétiquement modifié ? En apparence, puissant, vigoureux et se fondant sans peine dans le paysage. En réalité, nocif pour les plants avoisinants, et potentiellement dangereux pour la santé du consommateur. À première vue, une mobilisation comme jamais de l’État, un passage décisif de la bataille du constat à l’invention de solutions, la rencontre d’acteurs qui jusque-là se fréquentaient peu, un début de rattrapage du retard pris sur nos voisins européens. Dans les faits : une précipitation dommageable au contenu des propositions ; la pérennisation d’un modèle économique fondé sur la croissance, le productivisme et le consumérisme ; l’éloge d’une écologie de marché ; la marginalisation de sujets oubliés ou écartés (urbanisme, contre-expertise, politique des mobilités, service public de l’environnement, etc.). Avec à la clé, un risque de délégitimation de ceux qui ne font pas partie du Grenelle, sitôt qualifiés de « radicaux » (Sortir du Nucléaire, les décroissants, le CRIIRAD, etc.), et d’ostracisation des nouveaux arrivants (Attac, Solidaires, la FSU, etc.). Le choix d’accepter l’invitation à siéger résulte autant de la visibilité offerte à ceux qui y participent que de l’opportunité que représente ce processus pour avancer ses idées, quitte à provisoirement renoncer à certaines exigences. À cet égard, le Grenelle comme modèle de débat politique voulu par Nicolas Sarkozy s’apparente avant tout à une tentative de réorganisation du champ écologiste et de préemption de la constitution d’un problème public (ici les questions environnementales). Écueil qu’il faut garder en tête alors que s’annonce un « Grenelle de l’insertion ». Sur le fond, mieux vaudrait assumer les divergences, ouvrir des controverses, laisser le champ de l’écologie se conflictualiser plus encore - les premiers heurts se feraient alors avec les acteurs économiques qui ont su transformer la protection de la nature en opportunités marchandes. C’est le seul moyen de rendre à l’écologie sa dimension politique : ne pas faire de l’environnement un « objet de négociation », mais un sujet de droit. L’enjeu dépasse très largement le Grenelle et la prétendue rupture sarkozyste. L’émergence des questions environnementales comme un élément à part entière du débat public a eu un prix, celui de la dépolitisation de l’écologie. Se construit une approche apolitique de la responsabilité individuelle : nous serions toutes et tous responsables au même niveau des problèmes environnementaux – Lagardère, Lauvergeon, Borloo, rédacteurs de Mouvements, même combat ! Nul besoin, du coup, d’interroger les choix industriels, la politique de recherche, les stratégies énergétiques ou encore le capitalisme vert. Faut-il pour autant en appeler à un Contre-Grenelle comme l’ont fait, à l’invitation du journal La Décroissance, les militants réunis à Lyon le 7 octobre, considérant les discussions actuellement en cours aussi illégitimes que celles menées lors d’un G8 ? Les ONG et syndicats impliqués dans le processus s’y refusent, convaincus de l’utilité du processus. Avant la loi sur l’environnement annoncée entre le 8 janvier et le 8 février – il faudrait pouvoir débattre des questions suivantes : quelle place aux pays du Sud dans cette « révolution écologique » que Jean-Louis Borloo appelle de ses vÅ“ux ? Quelle expertise fait foi auprès des autorités publiques ? Les « désobéisseurs » fauchant les champs d’OGM sont-ils vraiment des délinquants ? Quelle vision de la nature sous-tend la « protection de l’environnement » ? Surtout, le Grenelle saura-t-il créer les outils de contrôle nécessaires au suivi de ses résultats ? Et avec quels instruments de contrainte ? Car si Paris parvient sans trop de peine à éviter les sanctions financières européennes, à vider de leur substance certains traités en évitant d’en signer d’autres, et à oublier de financer ce à quoi il s’engage, nul ne peut ignorer les risques de contournement des futurs accords du Grenelle 2007. C’est la crédibilité de la parole de l’État qui est en jeu. Sans quoi, le Grenelle OGM n’aura été qu’une gigantesque opération de « blanchiment vert ». De notre côté, à Mouvements, nous mettons en place dès à présent un suivi particulièrement attentif des mesures annoncées lors du Grenelle, et notamment attendons avec impatience les conclusions du comité de pilotage prévues au 15 décembre. D’ici là , nous poursuivons notre effort d’analyse et d’enquête sur les questions environnementales : autoroutes, contre-expertise citoyenne, controverse autour du lac Tchad…A lire très prochainement sur www.mouvements.info Sommaire du dossier :− Quand la France braconne : Alors que le gouvernement s’apprête à prendre des engagements pour la protection de la nature, force est de constater que la France bafoue allègrement une bonne partie des textes qui la contraignent sur le sujet. Par Jade Lindgaard − "Ni vu, ni connu, je t’empoisonne" Les travailleurs migrants victimes des pesticides sont les grands oubliés du Grenelle. La France ignore ce qui pourrait devenir le "prochain scandale de l’amiante". Un chercheur et un syndicaliste témoignent. Par Sonya Faure − Cet épi de maïs qui cache la forêt : Urgence écologique mais aussi besoin des acteurs de trouver leur place dans la reconfiguration du champ écologiste : au départ très conflictuelle, la question des OGM est devenue au fil du Grenelle le sujet d’un consensus inattendu. Par Edouard Morena − Éloge des « désobéisseurs » : Prisée des faucheurs d’OGM, la désobéissance civile n’est pas un affrontement entre « résistants » et pouvoirs publics mais une véritable bataille pour l’opinion publique analyse dans cette interview le philosophe Jean-Marie Muller. Par Nicolas Haeringer Délaissée par le Grenelle, l’expertise sur la santé et l’environnement est pourtant centrale, explique le chercheur André Cicolella, après la sortie d’un rapport controversé sur les causes du cancer. Par Thomas Heams Comment la proposition d’une petite ONG est-elle devenue promesse électorale puis engagement présidentiel ? Chronologie d’un processus marqué par l’emballement médiatique. Par Arthur Le Floc’h
En Ouganda, un projet de destruction de forêt pour y planter des cannes à sucre a suscité des réactions impressionnantes. Histoire d’une mobilisation écologiste dans un contexte de pauvreté extrême. Par Florence Brisset-Foucault − Protection de la nature et éthiques environnementales : Conservation contre préservation : le mouvement de défense de la nature est né d’un schisme philosophique opposant partisans de l’utilisation « avisée » de la nature aux défenseurs d’une « wilderness » préservée dans sa pureté originelle. Par Catherine Larrère
La croissance est-elle en soi réactionnaire ? La seule alternative dans une société qui a sombré dans la démesure est d’en finir avec le mythe de la croissance et de faire de la décroissance une politique au service des dominés. Par Paul Ariès Publié par Mouvements, le 22 octobre 2007. http://www.mouvements.info/Revolution-ecologique-euh-si.html
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