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Pour une grève générale de la consommation

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LABORATOIRE DES LUTTES. Chaque année, à l’initiative des Casseurs de pub et de Adbusters, se tient une journée internationale anti-shopping pour en finir avec le dogme du bonheur au fond des caddies. 24 novembre 2007

La société de consommation est triste, injuste et impossible : non seulement 20 % des humains s’approprient 86 % des ressources planétaires mais cet « enfer climatisé » n’est pas généralisable puisqu’il dépasse la capacité même de régénération des écosystèmes. Nous devons donc en finir avec cette domination des uns sur les autres et de tous sur la planète pour vivre simplement en véritables humains. Ce choix est celui de la responsabilité mais aussi de l’utopie : il est le seul capable de redonner un sens à nos valeurs comme la liberté. Nous entendons opposer à la logique économique boulimique l’objectif de vivre avec « moins de biens mais plus de liens ». La construction d’un projet politique fondé sur « la gratuité de l’usage et le renchérissement du mésusage » permettrait de résoudre à la fois les questions environnementales et sociales par le retour au politique. Seule la perspective d’une « grève générale de la consommation » peut rendre la puissance aux petits face à cette infime minorité de puissants qui s’engraisse de notre mal-vie et de la destruction de toute chose.

Qui peut encore croire en une grève générale du travail ? L’idée d’une grève générale court tout au long du vingtième siècle. Les peuples ont longtemps espéré dans une grève générale du Travail. Il serait absurde de lui opposer ses échecs car le propre d’un mythe est de permettre d’agir mais aussi de supporter les inévitables défaites. La dureté de l’hyper-capitalisme et de ses nouveaux modes de management musèle les salariés et une fraction importante du peuple est interdite de grève, chômage ou extrême pauvreté obligent. Sans parler du décalage entre les revendications et nos rêves d’émancipation. Faut-il s’étonner que beaucoup songent alors à ce qui pourrait prendre la relève et devenir une grève de la consommation ?

Que serait une grève générale de la consommation ? Cette grève serait conçue comme un véritable mouvement social avec ses revendications collectives opposées aux gouvernement et patronat. Ni continuation de la démarche de simplicité volontaire ni mouvement de boycott ciblé mais une façon de se refuser comme consommateur.

L’hyper-capitalisme n’a pas encore inventé les structures matérielles qui enchaînent le consommateur à la société de consommation. Comment ne pas distinguer à cet égard les deux types de domination ? Le producteur est plus enchaîné matériellement que mentalement. C’est la perspective de la fin du mois difficile (ou impossible) qui l’oblige à reprendre son travail, pas ce prétendu amour du labeur. C’est en revanche la fausse jouissance de la consommation qui interdit de cesser de consommer et nullement des obligations matérielles. Comment le capitalisme pourrait-il obliger à acheter au-delà de l’ordre du nécessaire, c’est à dire de ce qui n’est pas de la consommation ? Le temps joue, dans le cas de la grève du travail, contre le gréviste mais il joue en sa faveur dans l’éventualité d’une grève de la consommation. Le pouvoir perdu par les producteurs qui se refusent à l’être (car tel est bien le sens profond de tout acte de grève générale du travail) peut donc être retrouvé chez les consommateurs qui se refusent à le rester.

La grève générale de la consommation serait incontestablement l’apothéose d’une stratégie conséquente de désobéissance civique. Déjà parce qu’elle transgresserait l’impératif absolu de consommer. Elle attaquerait donc le système dans ce qu’il a de plus vital et sacré. Ensuite parce qu’elle serait un mouvement social avec des revendications opposées à L’Etat et au patronat et se donnant pour but d’arracher une autre hiérarchie de normes juridiques fondée sur la satisfaction des vrais besoins humains, avec ce que cela suppose de préparation, de mobilisation, de théâtralisation et de négociation.

Les futurs ex-consommateurs doivent apprendre à utiliser cette arme. En célébrant chaque mois de novembre « la journée sans achat ». En organisant des mouvements ciblés autour de revendications simples, aisément compréhensibles, assez facilement victorieux. En envisageant des grèves générales portant sur des objectifs plus difficiles à percevoir, mais fondamentaux pour sortir du capitalisme. L’autre atout d’une grève générale de la consommation est qu’elle ne dissocie pas le but du chemin, puisque sortir de la sphère de la consommation est, à la fois, le début et le terme de cette révolution.

Seule cette perspective de grève générale de la consommation peut rendre aujourd’hui aux plus faibles le maximum de force collective. Tant que subsiste encore le compromis fordiste, le capitalisme a besoin de notre compromission quotidienne pour réaliser ses profits. N’est-ce pas cette même grève générale de la consommation qui permettra de tenir le plus longtemps possible face à un adversaire qui n’a nullement l’intention de satisfaire notre volonté de mieux vivre ? N’est-ce pas cette grève générale de la consommation qui permettrait de réaliser, au mieux, l’unité des plus petits et diviserait ceux qui vivent de la domination des uns sur les autres et de tous sur la planète.

Ne nous leurrons pas : le système ne restera pas sans réagir. Il fera son chantage sur l’emploi, il menacera de chômage technique ; les marchands casseront les prix et manipuleront les consommateurs. Notre chance est que le système productif est fort peu fluide et que produire pour l’exportation et les plus que riches prendra du temps. La grève générale de la consommation, comme tout mouvement social, est fondamentalement la création d’un rapport de force : elle sera, sans doute, d’abord vaincue. Ce sera de nouveau la ruée vers l’hyper-consommation. Il en restera une petite graine qui peu à peu germera. Une autre grève de la consommation succédera aux précédentes... On peut penser que nous apprendrons aussi beaucoup de ces défaites. Ces objections contre cette grève ne sont donc pas acceptables, car il n’est jamais légitime de se coucher faute d’avoir la certitude du succès.

Toute grève générale constitue en outre une opération de catharsis collective puisqu’elle dévoile les ressorts intimes du système. C’est pourquoi il est si difficile de reprendre le cours normal des choses après ce dévoilement dont les effets émancipateurs marquent une vie. Oublions un instant ce qui n’est finalement, souvent, que prétexte : toute grève commence, nécessairement, par des revendications conventionnelles mais débouche très vite sur du non-négociable. Il suffit, pour cela, de laisser le temps nécessaire à la désaliénation. La grève de la consommation, comme toute grève, visera certes des conquêtes sociales mais elle regardera, en réalité, beaucoup plus loin. De la même façon que le salarié qui se met en grève pour revendiquer un meilleur salaire expérimente aussi une toute autre existence. C’est pourquoi il lui est toujours si douloureux de reprendre le travail. C’est pourquoi même avec une victoire on ne sait pas finir une grève. Gageons qu’il sera tout aussi difficile de redevenir de simples « forçats de la consommation » après avoir expérimenté une autre vie.

Cette grève générale de la consommation doit être un mouvement pour faire vaincre l’usage contre le mésusage, la gratuité contre la vénalité. Nous ferons grève pour arracher la gratuité des transports collectifs, pour obtenir la gratuité du logement social, pour obtenir des tarifications différentes selon les niveaux de consommation, pour donner à tous avec un revenu universel inconditionnel, équivalent au SMIC, les moyens économiques de vivre sa dignité d’humain, nous ferons grève pour que ceux qui saccagent la planète paient davantage, pour que les publicités soient cantonnées dans quelques espaces, pour qu’un revenu maximal d’activité permette de redistribuer les richesses, etc. Penser que cette grève signifierait cesser de s’alimenter ou de payer ses factures d’eau (encore que ce mouvement puisse être envisagé pour obtenir la gratuité d’usage de ce bien commun) c’est ne rien avoir compris à ce qu’est la consommation, c’est une objection de consommateur donc de ce type d’humain qui va avec le système. L’objectif n’est pas de mettre sa vie ou celle des autres en danger, notre société d’hyper-consommation fait cela très bien sans nous. L’objectif, au contraire, est d’apprendre à exister pleinement, à vivre en tant qu’usager maître de ses usages et non plus comme forçat du travail et forçat de la consommation esclave du marché capitaliste.

Cette grève générale de la consommation peut être le plus court chemin pour réveiller l’usager qui sommeille encore en chacun. Faisons confiance à l’intelligence collective pour redécouvrir au cours de ce mouvement durable des usages depuis longtemps oubliés. Que chacun réfléchisse, dès à présent, à sa consommation et tente déjà de consommer beaucoup moins, bref d’adopter un mode vie minimaliste. Méfions-nous cependant de ceux qui joueraient à « plus décroissant que moi tu meurs » et qui finiraient par transformer cette action citoyenne en geste religieux, en posture moralisatrice sinon policière. Faisons plutôt confiance en la sensibilité collective pour que le mouvement prenne de plus en plus de consistance et d’ampleur.

Cette grève générale passera par le boycott de certains produits ou réseaux vitaux pour le système hyper-capitaliste (pas seulement des biens économiques comme les produits financiers mais aussi idéologiques comme ses journaux télévisés ou sa presse aux ordres). Que serait une grève de la consommation si chacun achetait son nécessaire dans ces temples capitalistes que sont les hypermarchés ?

Faisons le pari que d’ici peu ce mot d’ordre de grève générale de la consommation deviendra populaire, qu’il accompagnera (ou chassera ?) le vieux mythe de la grève générale du travail... Nous en avons tellement besoin pour souder nos espoirs et nourrir nos combats. La perspective d’une grève générale de la consommation oblige à prendre conscience que la vraie puissance n’est pas le pseudo pouvoir du consommateur, qui voterait avec son porte-monnaie, mais celui du citoyen qui se refuse en tant que consommateur, comme le gréviste se refuse comme producteur pour se vivre sur un mode politique.

Publié par Mouvements, le 24 novembre 2007. http://www.mouvements.info/Pour-une-greve-generale-de-la.html

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7 Messages de forum

  • Pour une grève générale de la consommation

    1er décembre 2007 10:15, par Nicolas
    bonjour, Je pratique depuis des années une grève générale de la consommation 1 jour par semaine. Pourquoi pas vous ?

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    • Pour une grève générale de la consommation 10 décembre 2007 13:30, par Yuna
      Bonjour,étudiante en master de sociologie urbaine, je dois préparer un exposé dans le cadre d’un cours sur "la consommation et la ville", et je souhaiterais parler la stratégie des "décroissants" pour consommer le moins possible. Pourriez-vous m’en dire plus ? Merci d’avance ! yuna

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    • Penser, plutot que depenser ! Voila une idee a defendre et a repandre. La consommation constitue en effet, avec son compere le credit, les chaines qui asservissent l’homme à son travail. Avant de depenser, reflechissons à l’utilité réelle de notre achat, a sa signification profonde (en ai-je vraiment besoin, ou plus simplement envie -pour faire comme tout le monde, pour etre mieux ou plus que mon voisin...-, quelle dependance nouvelle vais-je me creer, etc...). Relisons Yvan Illich (la convivialite) et calculons combien de temps de travail nous coute notre voiture, notre télé, voire faire notre cuisine plutot qu’acheter des plats preparés... Et commencons par le plus simple : débranchons la télé, ne bradons plus notre "temps de cerveau disponible", mais utilisons-le pour nous cultiver, lire, réflechir... Ernesto

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    • Pour une grève générale de la consommation 31 décembre 2007 02:27, par Earlymo

      Ces dernières années, j’ai, lentement, réduit complètement mes besoins, je ne consomme pas grand chose, et je ne ressens plus de frustration. Je crois qu’il est important, avant de vouloir l’étendre au monde entier, de commencer par soi même, et de parler de cette expérience. Pour autant, je trouve de plus en plus de difficulté à partager sereinement ce mode de vie. On m’a souvent dit que je savais mal m’entourer, c’est vrai, alors je souhaite trouver aujourd’hui, une communauté, du moins, un groupe de gens désireux de tracer leur chemin en dehors des sentiers battus de la sacro-sainte consommation. J’espère vraiment trouver au cours de l’année 2008 ce havre de paix, parce que j’ai souvent l’impression d’étouffer, de ne pas exploiter au mieux ce que je pourrai faire si je n’étais pas tout seul (c’est aussi un point fort de cette société : isoler). Je vous souhaite une merveilleuse année à vous tous, plein de bonheur et tendresse.

      Anthony

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  • Je vous remercie pour cet article fort intéressant qui positionne le discernement des désirs par rapports aux besoins sur un plan politique, économique et social. L’usage se rapportant aux besoins essentiels et le mésusages aux désirs illimités voire capricieux, on pourrait imaginer un double étiquetage des produits pour ce qui relève du besoin (aliments...) ou des désirs (parfums...).

    Hélas, il est parfaitement connu que le controle des désirs ou des émotions par la décision mentale est une impasse menant au refoulement dans un premier temps qui conduit à un défoulement dans un deuxième temps. Aussi pour donner toute sa faisabilité à votre projet, il faudrait lui associer un travail rigoureux de développement personnel et de maitrise de sa personnalité. Si cela n’était fait, dès les premières difficultés, l’individu qui "se retenant de manger une tablette entière de chocolat (d’alcool, de tabac, de psychotrope...etc) pour ne pas surconsommer sa santé puis la planète tout en s’enchainant à un travail absurde finirait par craquer" ce qui se constate en addictologie. Je crois que la surconsommation, la croissance ou la grève de la consommation, la décroissance, la désindustrialisation ", la déséconomisation" relève de l’addictologie sur un plan scientifique ou du Bouddhisme sur un plan religieux à savoir la maitrise de désir. Le désir alimente un autre désir qui alimente un autre désir...etc d’où le problème des limites qui conduit aujourd’hui les populations des pays industrialisés à la dérégulation c’est à dire la suppression des limites au niveau des échanges mondiaux d’hommes, de biens, de services et de capitaux que l’on nomme mondialisation économique ou néo-libéralisme. Finalement, le néo-libéralisme n’est que la projection extérieure des désirs sans limite des populations des pays industrialisés qui ont été contraintes à la famine pendant des siècles et donc trop longtemps frustrées. On pourrait comparer cela aux régimes alimentaires et à certains aspects psychopathologiques de l’obésité. Par exemple un individu qui suite à une négligence aurait eu faim pendant les 20 premières années de sa vie et qui dès son premier salaire s’achèterait un excès d’aliments dont il s’est toujours trouvé frustré, puis vient l’obésité et la destruction du capital santé puis la nécessité du régime qui aujourd’hui sur un plan économique s’appelle décroissance.

    La maitrise du désir (du toujours plus d’argents, de biens, de confort, de sécurité, de travail...) est donc central. Le désir pour les objets ou sujets extérieurs doit être élevé, transformé en amour de soi, en amour de la vie dans sa vie.

    Cordialement,

    David

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  • Pour une grève générale de la consommation

    19 février 2009 23:55, par Fab

    Grève et consommation.

    Qui d’entre nous le fait ? Pourquoi tant de théories de revendications ? C’est si simple, Commençons simple. Chassons le superflu de notre consommation. Que chacun commence par ce qui lui semble inutile, ou extra, ce dont il peut se passer. Commençons simple, sans revendication, sans attendre son voisin. Et n’oublions pas que le travail nous coûte ! (voiture etc…) Pourquoi tant de théories, de revendications,C’est si simple. Dépensons moins. J’AI COMMENCÉ ET JE ME SENS BIEN ! n’attendez pas votre voisin. AU SUIVANT.

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auteur Paul Ariès
Politologue, directeur de la revue Le Sarkophage. Dernier ouvrage, à paraître, Une autre croissance n’est pas possible : décroissance ou barbarie, Golias, 2007.

Pourquoi ce texte?

Conclusion de l’ouvrage de Paul Ariès "No Conso : vers la grève générale de la consommation", aux Editions Golias, Lyon, octobre 2006, parue sur le site des Casseurs de pub.

Mots clés

Décroissance Productivisme

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