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Ne pas se tromper d’ambition

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GAUCHE. Olivier Dartigolles, membre du comité exécutif national du PCF, nous donne son point de vue sur le Nouveau Parti Anticapitaliste. 22 juin 2008.

Dans le prolongement d’un échange récent [1]] avec François Sabado (LCR), trois questions sont de nature à aiguiser le débat sur les conditions d’une transformation révolutionnaire de la société. D’abord celle des défis dans une nouvelle époque. Celle du processus pour transformer le rapport des forces. Et enfin, celle du projet politique et du rassemblement.

Les défis auxquels toutes les forces politiques et sociales sont confrontées

Il ne suffit pas de parler en termes généraux de « capitalisme mondialisé », « financiarisé ». Cela ne fait pas le compte pour comprendre l’époque nouvelle dans laquelle nous sommes entrés. Ayons en tête cette analyse, en 1986, d’un rapport de Commissariat général du Plan : « Taylor a eu besoin d’un homme unidimensionnel (…) La nouvelle révolution technologique a besoin d’un homme multidimensionnel, c’est-à-dire apte au changement, capable de souplesse dans son travail et de curiosité dans sa vie hors travail. » [2] Cette donne nouvelle génère, pour ceux qui veulent préserver l’ordre social existant, des difficultés non insurmontables mais inédites, et elle met ceux qui veulent y mettre fin devant un champ de potentialités qu’il y a grand risque à délaisser. Disons le franchement, en face ils ont pris de l’avance.

Un exemple, particulièrement éclairant : en 2006, Thierry Breton alors ministre, disait d’un rapport sur L’économie de l’immatériel qu’il avait commandé qu’il voulait en faire « le fil rouge de (son) action économique pour une nouvelle croissance, et plus encore, un carburant incontournable pour alimenter le programme de (sa) famille politique. » Depuis, l’un des principaux auteurs du rapport, Jean-Pierre Jouyet est entré au gouvernement et, sur de grands dossiers, c’est bien la politique préparée alors qui s’applique (services de l’État, universités, brevets…). Les cercles dirigeants, eux, entrevoient au moins ce qui aujourd’hui appelle un dépassement du capitalisme qu’ils veulent à tout prix éviter : le même rapport parle d’une « rupture » qui peut donner naissance à une nouvelle forme de l’économie : celle de la coopération. » [3]

Dans ce que dit la LCR, ces enjeux nouveaux sont totalement absents et avec eux, ce qui peut constituer un anticapitalisme de notre temps.

La transformation révolutionnaire ne peut être qu’un processus

Comment transformer un rapport de forces au départ défavorable à ceux qui veulent mettre fin au capitalisme ? Pour aborder cette question, il faut avoir en vue l’humanité toute entière. Sortir par le haut du capitalisme, le dépasser, ne peut pas être un acte unique, quasi instantané. Ce ne peut être qu’un processus de longue durée et n’avançant pas partout en même temps. Qui dit durée dit forcément coexistence avec l’adversaire, coexistence conflictuelle. Sauf à attendre le petit matin du grand soir, il faut travailler à des rassemblements, à toutes les échelles où c’est possible, en France, en Europe, avec d’autres forces de progrès dans le monde, pour imposer des conquêtes réellement anticapitalistes, c’est-à-dire correspondant à des reculs effectifs de la domination de la loi du profit, des conquêtes viables en partant de la réalité du monde actuel, donc crédibles, et qui soient autant de moyens de se renforcer contre le capitalisme et de lui porter de nouveaux coups. Ce que nous parviendrons à faire en France dans ce sens y contribuera. Comme y contribue et y contribuera ce que d’autres font et feront ailleurs.

Cette question des conquêtes nécessaires à la transformation du rapport des forces n’entre visiblement pas dans les préoccupations de la LCR. En témoigne le texte adopté par sa direction nationale lors de sa réunion des 17 et 18 mai 2008 comme « Contribution de la LCR à la réunion nationale des 28 et 29 juin 2008 » et où on lit : « nous sommes plongés en pleine globalisation capitaliste. C’est désormais dans cet espace qu’il faut penser les luttes, la construction d’un nouveau mouvement ouvrier, la rupture avec le système et le socialisme. Plus que jamais, il n’existe pas de solution nationale, tant les économies, les sociétés sont imbriquées, tant les problèmes de fond nécessitent une riposte et des réponses à cette échelle ».

À ce compte, on peut bien faire son beurre sur le thème des « deux gauches » », - l’une qui serait « révolutionnaire » et une autre, PCF compris, qui serait « définitivement convertie aux exigences de la mondialisation capitaliste » [4] - mais on n’a pas de raison de se battre pour que, dans notre pays, la gauche soit majoritairement sur une logique de transformation sociale anticapitaliste. C’est pourtant indispensable.

Projet et rassemblement : on se bat mieux et on rassemble plus quand on sait que l’on peut faire autrement que ceux d’en face

L’écart est grand entre le mécontentement, voire l’exaspération existant dans le pays et la capacité à mener des luttes amples et victorieuses. Même parmi celles et ceux qui s’engagent dans l’action, le sentiment est fort que, finalement, « on ne coupera » à ce « qu’ils nous préparent ». Il n’est pas vrai quoiqu’en ait dit Olivier Besancenot que « la question de la reconduction et de la généralisation de la grève a été concrètement à l’ordre du jour dans les mobilisations depuis novembre-décembre 1995. » [5] Aujourd’hui pèse lourdement la conviction qu’il n’est pas réaliste de chercher à mettre fin au capitalisme. Et la prégnance de cette idée au sein même de la gauche se traduit par l’influence du Parti socialiste avec les positions qu’on lui connaît. Nous voulons sortir de cette impasse car il n’est pas possible de commencer à se libérer du capitalisme sans un rassemblement populaire majoritaire, fait de femmes et d’hommes divers par les courants de pensée dans lesquels ils se reconnaissent, assumant lucidement cette diversité pour s’en enrichir et capables de se mobiliser durablement, avec détermination, avec esprit de suite et d’initiative, avec inventivité et imagination. Un mouvement capable de faire échec aux tentatives de le diviser, de le décourager. Un mouvement donnant à ses combats la force de l’intervention dans le champ politique. Bref, quelque chose que nous n’avons jamais connu, pas même en 1968.

Or, on se bat mieux, on se rassemble mieux, on suscite plus aisément une large sympathie qui isole l’adversaire et l’oblige à reculer quand on sait véritablement que l’on est porteur de solutions, d’un projet, bien meilleurs pour la société que ce que le patronat et la droite ont entrepris d’imposer. C’est pourquoi, le Parti communiste, quand il parle de l’élaboration de son projet, veut dire qu’il entend contribuer le plus efficacement possible à la définition des objectifs sur lesquels il est nécessaire que s’opèrent des rassemblements suffisamment forts et résolus pour en imposer la réalisation, afin que notre peuple ne connaisse pas de nouvelles déceptions.

Afin que le changement réussisse.

Publié par Mouvements, le 22 juin 2008. http://www.mouvements.info/Ne-pas-se-tromper-d-ambition.html

P.-S.

Retrouvez les autres contributions à ce débat :

Francine Bavay - Une nouvelle approche est possible ! Elle ne passe pas par l’opposition permanente Philippe Corcuff - L’aventure "NPA" : un chaos créateur, et comment "le mort saisit le vif" dans la gauche de la gauche Michel Husson - NPA : nulle part ailleurs ?

Mais aussi les articles initialement publiés sur Mouvements.info en juin dernier :

Clémentine Autain - Un autre parti est-il possible ? Jean-Christophe Cambadélis - Où allez-vous ? Noël Mamère - À quoi sert le NPA ? François Sabado - Pour un Nouveau Parti Anticapitaliste Denis Sieffert - Une autre vision de l’alternative : l’appel de Politis Vincent Tiberj - Une autre gauche est-elle possible ? L’espace électoral du NPA

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9 Messages de forum

  • Ne pas se tromper d’ambition

    23 juin 2008 23:02, par René LE BRIS
    Je suis membre du PCF depuis 1989 ; je ne vois pas dans cet article où veut en venir Olivier et cela n’est pas rassurant à quelques mois du Congrès ; l’immatériel dans un mode de production capitaliste, c’est quoi ? Le PCF s’est créé un outil avec d’au- tres forces progressistes au niveau international = je ne vois pas la différence avec la LCR et la quatrième internationale sauf sur certains con- tenus ! pas de faux débats ! L’essen- tiel est de savoir si l’on s’inscrit aujourd’hui dans une problématique stratégique d’alternance ( alors oui les contours avec le PS sont indispen- sables à tous les niveaux ) ou dans une perspective d’ALTERNATIVE = et là sans écarter sur des objectifs précis des alliances avec le PS, l’urgence est de construire UN FRONT UNITAIRE qui devienne MAJORITE enfin !!!(mais cela était le cas du temps de Duclos )au sein de la Gauche ! Olivier, tu ne peux donc t’en tirer avec des grands écarts sauf à faire du drapeau organisationnel le nombril de l’anti capitalisme, cela peut marcher pour un congrès mais pas pour le futur des luttes et de l’alternative crédible !

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  • Ne pas se tromper d’ambition

    23 juin 2008 23:05, par Maxime

    Toute l’aporie intellectuelle du PCF actuel serait-elle résumée dans ce texte de Dartigolles ?
    - une brève leçon sur le modernisme immatériel de notre économie pour situer les enjeux de la transformation sociale ;
    - aucun écho aux questions écologiques ;
    - presque rien sur la situation internationale ;
    - des trucs auxquels on n’aurait pas pensé : "il faut avoir en vue l’humanité toute entière."
    - l’alternative ? le rassemblement autour des objectifs définis par le PCF (dernier paragraphe...)

    Merci... circulez, rien à voir !

     :-)

    ce texte est une grosse blague !

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    • Ne pas se tromper d’ambition 26 juin 2008 03:04

      C’est assez clair.

      En gros chez eux, c’est le néant, rien nothing, que dall, nada, ils ne savent que fricoter avec le PS pour garder leur postes et basta, z’ont pas ete foutus de faire quoi que ce soit ou de proposer quoi que ce soit.

      Par contre pour critiquer les copains là ya du monde.

      La grosse impression que j’ai, c’est que maintenant que la LCR a lancé quelque chose qui marche plutot pas mal, certains commencent a l’avoir mauvaise de se voir devenir totalement inutile, quoi qu’encore faudrait qu’il le fut a un moment, utile...

      Non non, il sont juste pas content qu’il y’en est qui se bougent et montre a tout le monde l’incompétence et l’egoisme dont il ont et font preuve.

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  • Ne pas se tromper d’ambition

    25 juin 2008 23:37, par guevara81

    Ne pas se tromper d’ambition ? A l’évidence, O. Dartigolles se trompe surtout lourdement de réponse. C’est confus, embrouillé, fumeux, prétentieux ... Bref, ça ne répond pas sérieusement aux enjeux du moment (notamment le défi de la crise du capitalisme, et celui de l’incapacité de la "gauche" à incarner une rupture avec l’aménagement -ou la gestion- du système). M. Dartigolles, comme M. Cohen-Séat, MP Vieu et consorts, il est temps pour vous de vous retirer de la direction du PCF, vous le conduisez vers le néant (électoral et théorique), si vous voulez continuer à promouvoir vos idées fumeuses et de petits-bourgeois suffisants et donneurs de leçons, laissez le PCF aux vrais communistes et allez pantoufler ailleurs - avec vos amis sociaux-démocrates- nous nous en porterons que mieux ...

    Un adhérent du PCF depuis 1987.

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  • Ne pas se tromper d’ambition

    5 juillet 2008 23:32, par PANDA
    Je ne suis plus au parti, mais l’analyse d’olivier Dartignolles,me convient et est pleine de bon sens. C’est après avoir lu son entretien avec le représentant de la LCR que je m’intéresse de plus près à ce qu’écrit O. Dartignolles, si nous voulons parvenir a inverser le monde dans lequel nous sommes, ce qui est un objectif à atteindre, il nous faut nous mettre au travail, avoir un projet, et surtout le porter pour le faire partager. Les syndicalistes sont confrontés au mêmes problèmes, prendre du temps pour convaincre. Je voudrais juste rajouter : lorsque l’on débat à toute petite échelle sur un blog, ne perdons pas de temps à nous invectiver, en face "ils s’amusent, et c’est nous les clowns" construisons pour demain.

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  • Ne pas se tromper d’ambition

    12 juillet 2008 11:17, par BUSCH Marc
    Mais quel projet ? Le PCF n’a plus de projet anticapitaliste. Il soutient les subventions aux prétendus "patrons vertueux" qui créent des emplois alors que nous savons que ces sommes énormes ne savent qu’à augmenter les profits capitalistes. Aujourd’hui Dimicoli veut même éxonérer les patrons des intérêts des emprunts. De qui se moque-t-on ? Le PCF n’a un avenir que s’il sort du bourbier social-libéral dans lequel il s’est enlisé en particulier depuis ses participations au gouvernement. Il faut renouer avec le marxisme (ce que Besancenot et la LCR soucieux de ménager un électorat modéré potentiel et de ratisser large, se gardent bien de dire) Je suis membre du PCF et du groupe LA RIPOSTE. Nous présentons pour cela un projet de texte alternatif au 34ème congrès du PCF et il nous faut 200 signatures de communistes "encartés" Pour prendre connaissance de ce texte ou le soutenir, voici le lien : http://www.lariposte.com/Renforcer-...

    Voir en ligne : Blog de Révolution

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  • Ne pas se perdre dans l’ambition

    4 août 2008 02:30, par Louise M
    Je lis avec retard l’analyse du camarade Dartigolles sur l’initiative NPA. Ne s’agit - il pas pour le PCF d’apparaître, aux côtés du PS, comme la caution de gauche ? au royaume des aveugles... je ne sais pas si le NPA va "marcher", mais on sait que beaucoup de gens de gauche se méfient désormais du PS et du PCF, qui se disaient de gauche et ont accepté sans coup férir le libéralisme, et le critiquent aujourd’hui avec des pudeurs de jeune communiante. Je ne sache pas que la stratégie du PCF face aux ravages du capitalisme a donné d’impressionnants résultats. Si le PCF veut vraiment une victoire de la gauche, pourquoi ne collabore - t - il pas avec l’initiative NPA, histoire d’apporter sa pierre ?

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  • Ne pas se tromper d’ambition

    22 août 2008 08:48, par Gérald PREVOT
    Olivier Dartigolles se fait l’écho de la direction du PCF : alliance claire avec le Ps dans un social-libéralisme de plus en plus orienté à droite... Les vrais communistes du PCF qui ont créé ce parti sur des bases clairement anti-capitalistes doivent se retourner dans leurs tombes ! Tout çà pour sauvegarder quelques élus qui ne tiennent que par le bon vouloir du PS... Si le PCF avait accepté la main tendue par la LCR pour la construction du Nouveau Parti Anticapitaliste, ses militants se seraient grandis... La direction a préféré rester dans les jupons du PS. J’ai quitté le PCF et suis dans la construction du Nouveau Parti Anticapitaliste... je me sens plus communiste que jamais...

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  • Ne pas se tromper d’ambition

    6 septembre 2008 22:57
    Ce n’est ce texte creux qui empêchera les militants communistes de s’enfuir au NPA ! Le PCF ne sait vraiment pas où il va mais on peut lui prédire : le mur.

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auteur Olivier Dartigolles
Membre du comité exécutif national du PCF.

Pourquoi ce texte?

Mouvements met en débat le NPA, avec :

Francine Bavay - Une nouvelle approche est possible ! Elle ne passe pas par l’opposition permanente
Philippe Corcuff - L’aventure "NPA" : un chaos créateur Michel Husson - NPA : nulle part ailleurs ?

Mais aussi les articles initialement publiés sur Mouvements.info en juin dernier :

Clémentine Autain - Un autre parti est-il possible ?
Jean-Christophe Cambadélis - Où allez-vous ?
Olivier Dartigolles - Ne pas se tromper d’ambition
Noël Mamère - À quoi sert le NPA ?
François Sabado - Pour un Nouveau Parti Anticapitaliste
Denis Sieffert - Une autre vision de l’alternative : l’appel de Politis
Vincent Tiberj - Une autre gauche est-elle possible ? L’espace électoral du NPA

Notes

[1] L’Humanité, 7 juin 2008 ; [->http://www.humanite.fr/Face-a...

[2] Faire gagner la France (sous la direction d’Henri Guillaume), Paris, Hachette, 1986, p. 73.

[3] Maurice Lévy – Jean-Pierre Jouyet, L’économie de l’immatériel, La croissance de demain, Rapport sur l’économie de l’immatériel, La Documentation française, novembre 2006, p. 15.

[4] Olivier Besancenot, avec la collaboration de François Sabado, Révolution / 100 mots pour changer le monde, Paris, Flammarion, 2003, p.137

[5] Olivier Besancenot, avec la collaboration de François Sabado, Révolution / 100 mots pour changer le monde, Paris, Flammarion, 2003, p. 6.

Mots clés

NPA

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