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Envie de quelle gauche ?

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Après le 22 avril, que reste-t-il de la gauche de gauche ? L’impératif d’un choix stratégique : sortir de l’espace institutionnel ou assumer la perspective de la prise du pouvoir.

Que reste-t-il de la gauche de gauche au sortir du premier tour de la présidentielle 2007 ? Tellement peu de choses que personne ne semblait même penser à se poser la question au soir du 22 avril. C’est à peine si, une fois passée l’heure fatidique des 20 heures, les chaînes de télé se souciaient d’annoncer les scores d’Olivier Besancenot (4,1% des voix), de Marie-Georges Buffet (1,9%), de Dominique Voynet (1,6%), de José Bové (1,3%), d’Arlette Laguiller (1,3%) et de Gérard Schivardi (0,3%). Quelques heures à peine après l’annonce des résultats du premier tour, c’est un peu comme si la gauche du PS avait déjà disparu. Cinq ans d’anti sarkozysme, de contestations parfois massives de la politique sociale et économique des gouvernements Raffarin et Villepin (CPE, campagne pour le non au référendum sur la constitution européenne, réforme des retraites, mouvement des chercheurs, des intermittents du spectacle, mobilisations contre les lois sur la sécurité intérieure, la prévention de la délinquance, l’immigration…), et de critique souvent virulente de la mollesse du programme du Parti socialiste et de sa surdité aux mouvements agitant la société française (émeutes en banlieues, insécurité sociale générée par la constitution d’un nouveau précariat, montée des « questions raciales »â€¦) auront conduit à…quasiment rien dans les urnes. Dans cette incapacité à articuler mouvements sociaux et vote, mobilisations politiques et résultat électoral, il y a un un véritable échec des anciens alliés de feu la candidature unitaire.

Faut-il alors considérer que cette gauche radicale n’a pas sa place dans l’espace institutionnel ? Qu’elle doit assumer sa culture minoritaire, ne plus se poser la question du pouvoir, s’épanouir dans un espace bien à elle, celui d’un registre contestataire et mouvementiste qui lui permet de s’unir, de se compter plus nombreuse ? De ne pas se poser la question de la faisabilité immédiate et du court terme mais de privilégier le défrichage conceptuel, la créativité politique et l’activisme culturel en les conjuguant à la désobéissance civile et à l’invention formelle ? Peut-être. Travailler à reprendre contact avec l’électorat populaire, nécessairement. Mais il faudrait alors en finir avec le conservatisme des pratiques politiques, au premier rang desquelles l’incapacité à renouveler ses élites, à faire émerger une nouvelle génération de dirigeant-e-s et à sortir du modèle du leader charismatique réduisant à sa seule personne les espoirs d’un camp. Personnalisation excessive, notabilisation des leaders des mouvements sociaux, réduction des enjeux de pouvoirs à la mise en concurrence d’égoïsmes boutiquiers ont creusé l’échec du projet de candidature unitaire pour la présidentielle de 2007.

Ou faut-il, au contraire, croire que les idées portées par la gauche de gauche n’auront aucune chance d’aboutir tant qu’elle n’assumera pas clairement de se placer dans une perspective de prise de pouvoir ? Il faudrait alors aussi en tirer les conséquences : apprendre à s’unir, à faire des concessions. A penser non seulement l’objectif politique souhaité (augmentation des bas salaires, un revenu universel garanti, réduction des inégalités, liberté de circulation, réduction et partage du temps de travail, lutte effective contre les discriminations, …) mais aussi les étapes progressives pour y parvenir (comment sortir de la crise européenne ? Comment concilier maintien de notre système de protection sociale et ouverture des frontières ? Comment mesurer les discriminations ? …). A sortir de l’ornière d’un antilibéralisme littéral et agressif, oublieux des promesses précieuses du libéralisme politique (droits des minorités, vigilance en matière de libertés publiques), et méprisant vis-à-vis des aspirations de la société civile à prendre part à la gestion de la chose publique.

Il faudrait alors pousser le raisonnement plus loin, entrer dans le concret de la machine politique, et se poser la question fondamentale de la méthode à adopter pour y parvenir et des formes adaptées au nouveau contexte politique, répressif et populiste, qu’annoncerait la victoire de Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle.

- Faire le pari que les 10,5% de voix totalisées au premier tour par la gauche de gauche auraient pu être plus (15, 18, voire même 20%) et créer un nouveau parti, à la gauche du PS, avec les socialistes qui le voudraient ? Dans l’espoir de rassembler le meilleur de chacune des approches pour porter un ambitieux projet de transformation sociale : la combativité de la LCR, les compétences environnementales des Verts, l’implantation locale du PC, l’ouverture internationale des alters, les nouveaux combats de la gauche mouvementiste. Mais cela demande d’être capables de sortir des constats d’incompatibilité programmatique. A condition que les anciens partenaires de la candidature unitaire parviennent à se pardonner les mauvais coups portés les uns aux autres -l’échec de la candidature Bové affaiblit la crédibilité de la perspective d’une unité de la gauche radicale.

- Acter le rôle central de la LCR, en faire le pôle principal de la gauche de gauche, le débouché et le catalyseur des revendications sociales des classes populaires et des militants altermondialistes ? L’un des enseignements à tirer de l’échec de la candidature Bové est sans doute que si l’on veut faire une campagne électorale, il faut s’en donner les moyens : en organisation, en durée, en temps de travail sur les idées, en forces militantes… et sans doute aussi savoir se trouver un ou des représentant-e-s au message clairement identifiable. La personnalisation, plaie démocratique, est-elle évitable ? Depuis 2002, Besancenot est devenu une figure singulière, tranchant avec le reste du personnel politique, au discours clair et audible. La perspective d’un regroupement autour de la LCR est pourtant paradoxale, alors que la ligne majoritaire du parti trotskyste continue de défendre un horizon révolutionnaire, ou de moins de mise à distance des institutions, qui lui interdit d’envisager toute participation à un gouvernement « social libéral », c’est-à-dire conduit par les socialistes.

- Entrer massivement au PS ? Pour ne plus être minoritaire, intégrer la structure du parti majoritaire à gauche et le travailler de l’intérieur pour y faire progresser les idées qui y sont aujourd’hui trop négligées : questions sociales, relance du projet européen, nouvelles formes de citoyenneté, relations internationales…Face à une droite hyper organisée et idéologiquement très offensive derrière son nouvel homme fort, pour contrer la menace que la perspective de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy fait peser sur la démocratie, il se pourrait qu’il ne reste peut-être pas d’autre choix que celui-là.

Parmi ces trois hypothèses, y en a-t-il une qui vous fasse envie ?

Publié par Mouvements, le 24 avril 2007. http://www.mouvements.info/Envie-de-quelle-gauche.html

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6 Messages de forum

  • Envie de quelle gauche ?

    26 avril 2007 01:07, par Serge Sastre
    Pour illustrer mon point de vue, je commencerai par expliquer mon vote pour le premier tour : ayant toujours voté à gauche ( PC ), pour ce premier tour j’ai été déçu par l’absence de cohésion à la gauche de la gauche, et j’ai donc voulu les "punir" en votant directement PS. L’idée de créer un nouveau parti ou de se rassembler autour de la LCR semble bien compromise par les attitudes partisanes justement. L’intérêt recherché est d’abord celui du parti, celui collectif des électeurs et citoyens de gauches vient après. Alors une option extérieure à ces partis ? Investir le PS ? Pourquoi pas ? Mais comment organiser une telle action ? Là est la grande question.

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  • Envie de quelle gauche ?

    5 mai 2007 14:18, par Michel Wilson
    De Michel WILSON, Verts Isère. Le glissement général à droite des appareils politiques de gouvernement laisse à leur gauche un espace élargi, actuellement peuplé de nains politiques (les Verts y compris, tiraillés entre vélléité PS, centristes, gauchistes, altermondialistes...et pourtant avec un des programmes les plus riches et innovants). Peut on converger ? Je pense que dans la perspective des municipales et des cantonales, puis les européennes au minimum des accords programmatiques et des listes et candidatures communes peuvent être recherchées. Chaque parti a une histoire et un patrimoine, qu’il est difficile de brader. Commençons par construire en se parlant, en restant qui nous sommes. Unissons nous sans fusionner... Et élaborons ensemble une plateforme politique innovante, ambitieuse, donnons-nous les moyens de la diffuser. Donnons envie aux gens de vaincre leurs conformismes, leur peur du changement, en leur donnant aussi la parole. Et à terme peut-être, bâtissons un nouveau parti "confédéral".

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    • Envie de quelle gauche ? 8 mai 2007 09:04, par Carole
      Pourquoi ne pas créer un collectif de gens qui seraient pour ce nouveau "parti confédéral" et qui pourrait inclure des personnes qui ont le sentiment que leur parti n’existe pas encore et incapables de se fédérer autour d’un "leader charismatique" justement ? Je pense même qu’il y a urgence !

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  • Envie de quelle gauche ?

    1er juin 2007 17:55, par Amine
    Militant de la gauche du PS, inquiet face à ses tentations centristes (DSK) ou populistes (Ségolène Royal), parmi les trois solutions je penche bien sûr pour la 3e. Que nous le voulions ou nous, le PS est aujourd’hui le seul parti à gauche en mesure de prendre le pouvoir à moyen terme. L’histoire du mouvement ouvrier ayant toujours été d’articuler mouvement social et politique institutionnelle, je crois vraiment que c’est la seule solution, afin de faire de ce parti un grand parti progressiste, quitte à avoir des differences en son sein. Je comprends que, vu de l’extérieur, cela ne soit pas très tentant, mais tout est une question de rapport de force. Le militant moyen et le marais est prêt à basculer, la loi du nombre...

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  • Au sujet du deuxième scénario, pour choisir le premier !

    27 juin 2007 02:03, par Jean-Marc B.,Grenoble

    Quand vous posez la question de (faut-il )" Acter le rôle central de la LCR, en faire le pôle principal de la gauche de gauche, le débouché et le catalyseur des revendications sociales des classes populaires et des militants altermondialistes ?" Je crois que OUI, la LCR est devenue de fait un acteur central du scénario de recomposition d’une gauche de transformation sociale aujourd’hui.

    Mais il me paraît tout aussi évident que préciser que NON, la LCR ne saurait constituer à elle seule LE débouché politique qui fait tellement défaut aux revendications et aux aspirations sociales tantôt bafouées par la droite, tantôt trahies par la "Gôche" depuis 25 ans !

    C’est pourquoi deux évidences s’imposent à moi :
    - 1/ Des trois scénarii que vous énoncez en conclusion de votre article, seul le premier me semble un peu réaliste.
    - 2/ Le premier scénario ne s’oppose pas pour autant au second, mais bel et bien au troisième (adhérer au PS) !

    Les deux premiers doivent se conjuguer, pour que ça fonctionne. Ce qui n’interdit pas à ceux qui le souhaitent de rejoindre la LCR, bien au contraire... :-)

    Et je m’étonne enfin que certains commentaires continuent à faire passer le PS actuel pour un parti de gauche !!! Allez donc voir sur le blog de Mr Mélanchon (un camarade peu suspect de ségolénisme béat), le nombre de camarades à lui qui ne croient plus à l’idée de changer le PS de l’intérieur, et le supplient de ficher le camp de ce parti de carriéristes...

    Dernière précision utile : je suis un "vieux" militant de la LCR. Et 40% de ses membres pensent exactement comme moi. Mais ça peut très bien basculer dès son prochain congrès à l’automne prochain... Un débat à suivre de près, donc !

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  • Envie de quelle gauche ?

    11 septembre 2007 23:06, par BAZ
    Je pense que la question à se poser n’est pas d’investir le parti socialiste et d’essayer d’influer en son sein, mais bien de construire un parti unitaire à gauche de la gauche qui ait un fonctionnement interne bien différent de ceux que l’on peut constater aujourd’hui (hierarchique) : un fonctionnement appelé démocratie cognitive. C’est à dire favoriser le débat public ne mettant pas les militants minoritaires en dehors de la touche dans la reflexion pour le programme à proposer. Cela demande une intelligence collective dévellopée, autogérée par des contre pouvoirs se régulant et prêts à faire des concessions dans chaques sens en fonction des arguments fondés. Tout cela demande évidemment un état d’esprit autre que celui de la violence du vote comme celle que nous vivons aujourd’hui en dehors et à l’intérieur des partis. Cela demande également l’envie de proposer une nouvelle forme de démocratie, plus civilisée, moins barbare, et à la recherche de rigueur cognitive pour trouver les solutions les plus adéquates aux problêmes posés. Je pense de plus que tout est à reconstruire et que l’intégration de l’écologie politique au sein des idées de gauche donne une vision du problême qui nous fait face beaucoup plus global, plus juste, ce que beaucoup de partis de la gauche de la gauche n’ont pas intégré. Il y a tout à revoir et pour tout revoir il faudrait que (malheureusement) les dirigeants de ces partis se le disent. Ce qui n’est apperemment pas le cas...

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auteur Jade Lindgaard
Journaliste, membre du comité de rédaction de Mouvements. A co-dirigé (avec Stéphane Beaud et Joseph Confavreux) La France Invisible (La Découverte, 2006).
Joseph Confavreux
Journaliste, membre du comité de rédaction de Mouvements et de la revue Vacarme. A co-dirigé la France Invisible, La Découverte, 2006.