articleDOSSIER Dix intellos qui n’en ont pasFaut-il être un homme pour être un intellectuel ? Par MouvementsQu’ils veuillent « changer la gauche » ou qu’ils soient « tentés » par la droite, les « intellectuels français » ne se déclinent qu’au masculin.
Parce qu’au sein de la revue Mouvements nous ne pensons pas qu’il faut « en avoir » pour mériter l’attention et se voir reconnaître une légitimité à intervenir publiquement, nous avons demandé à dix chercheuses et artistes quels étaient les thèmes de fond à leurs yeux essentiels à un débat sérieux sur les perspectives politiques, économiques, sociales, culturelles et intellectuelles de la société française, et pourtant absentes, tout comme elles, de la campagne électorale. Elles ont répondu à notre invitation par des contributions aussi diverses que leurs parcours. À l’occasion de la journée internationale des femmes, en ce 8 mars 2007, nous les rendons publiques : décoloniser les imaginaires culturels et politiques, politiser la notion de soins, repenser l’intermittence contre la société du risque, refonder l’Europe comme alternative au repli identitaire, s’ouvrir aux Suds, créer un tribunal pénal international sur le travail, passer en matière de droits et de justice des constats aux actes, redéfinir les contours d’une démocratie performative et émancipatrice, en finir avec l’intellectuel néo-con et potiche. Liste incomplète – car loin de faire le tour de tous les oublis béants du débat actuel- mais ambitieuse, qui rend saillantes les contradictions internes des discours et représentations invoquées par les candidats à la présidentielle, ainsi que les simplifications destructrices de sens véhiculés par les médias dominants. Toutes partagent une commune inquiétude face à la binarisation excessive du discours politique et du débat d’idées : la France contre les pays du sud, l’Europe contre la Turquie, la répression contre la prévention, le travail contre l’emploi, le compassionnel contre le sécuritaire, etc. Les intellectuelles sollicitées par Mouvements ne s’expriment pas ici au nom d’un supposé « éternel féminin ». Mais en tant que femmes, elles font l’expérience d’une même mise à l’écart que rien ne semble devoir perturber. En définitive, ce qui compte ce n’est pas qui elles sont mais ce qu’elles font – travailler sur le terrain de leurs recherches respectives- et ce qu’elles en disent. Dossier coordonné par : Florence Brisset, Joseph Confavreux, Elsa Dorlin, Sonya Faure, Hugue Jallon, Thomas Heams, Eléonore Lépinard, Jade Lindgaard et Dimitri Nicolaïdis. Certaines contributions ont été recueillies sous forme de propos retranscris et retravaillés par leurs auteurs (Nilufer Gole, Pascale Molinier, Bams, Annie Thébaud-Mony). Les titres et chapeaux introductifs ont été rédigés par le comité de rédaction. Publié par Mouvements, le 13 mars 2007. http://www.mouvements.info/Dix-intellos-qui-n-en-ont-pas.html
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