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Dix intellos qui n’en ont pas

Faut-il être un homme pour être un intellectuel ?

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Qu’ils veuillent « changer la gauche » ou qu’ils soient « tentés » par la droite, les « intellectuels français » ne se déclinent qu’au masculin.

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Nouvel Observateur, semaine du 15 février 2007 Nouvel Observateur, 11 mai 2006Il faut beaucoup d’imagination, à ce stade de la campagne électorale, pour se dire qu’en France les intellectuels ne sont pas tous des hommes, et que, parmi les sociologues, philosophes, historiens, juristes, économistes, etc., aujourd’hui au travail, se trouvent aussi… des femmes. De couvertures du Nouvel Observateur en cartographies des conseillers supposés des candidats publiés dans la presse quotidienne, de plateaux de télévision en tribune radiophoniques, le paysage hexagonal de la pensée semble s’être brusquement rétréci à la moitié de lui-même, dans l’indifférence générale. Qu’ils veuillent « changer la gauche » ou qu’ils soient « tentés » par la droite, qu’ils soient des habitués des médias ou de leurs laboratoires de recherche, les « intellectuels français » ne se déclinent qu’au masculin. Cette évacuation quasi complète de toute figure féminine révèle l’identification de la fonction intellectuelle à l’élite masculine blanche. Et quand les intellectuelles sont sollicitées, c’est surtout comme expertes de leur identité de genre, de la même façon que les intellectuels noirs ne sont consultés que pour parler de discrimination, d’esclavage et de colonisation.

Parce qu’au sein de la revue Mouvements nous ne pensons pas qu’il faut « en avoir » pour mériter l’attention et se voir reconnaître une légitimité à intervenir publiquement, nous avons demandé à dix chercheuses et artistes quels étaient les thèmes de fond à leurs yeux essentiels à un débat sérieux sur les perspectives politiques, économiques, sociales, culturelles et intellectuelles de la société française, et pourtant absentes, tout comme elles, de la campagne électorale. Elles ont répondu à notre invitation par des contributions aussi diverses que leurs parcours. À l’occasion de la journée internationale des femmes, en ce 8 mars 2007, nous les rendons publiques : décoloniser les imaginaires culturels et politiques, politiser la notion de soins, repenser l’intermittence contre la société du risque, refonder l’Europe comme alternative au repli identitaire, s’ouvrir aux Suds, créer un tribunal pénal international sur le travail, passer en matière de droits et de justice des constats aux actes, redéfinir les contours d’une démocratie performative et émancipatrice, en finir avec l’intellectuel néo-con et potiche. Liste incomplète – car loin de faire le tour de tous les oublis béants du débat actuel- mais ambitieuse, qui rend saillantes les contradictions internes des discours et représentations invoquées par les candidats à la présidentielle, ainsi que les simplifications destructrices de sens véhiculés par les médias dominants. Toutes partagent une commune inquiétude face à la binarisation excessive du discours politique et du débat d’idées : la France contre les pays du sud, l’Europe contre la Turquie, la répression contre la prévention, le travail contre l’emploi, le compassionnel contre le sécuritaire, etc. Les intellectuelles sollicitées par Mouvements ne s’expriment pas ici au nom d’un supposé « Ã©ternel féminin ». Mais en tant que femmes, elles font l’expérience d’une même mise à l’écart que rien ne semble devoir perturber. En définitive, ce qui compte ce n’est pas qui elles sont mais ce qu’elles font – travailler sur le terrain de leurs recherches respectives- et ce qu’elles en disent. Dossier coordonné par : Florence Brisset, Joseph Confavreux, Elsa Dorlin, Sonya Faure, Hugue Jallon, Thomas Heams, Eléonore Lépinard, Jade Lindgaard et Dimitri Nicolaïdis. Certaines contributions ont été recueillies sous forme de propos retranscris et retravaillés par leurs auteurs (Nilufer Gole, Pascale Molinier, Bams, Annie Thébaud-Mony). Les titres et chapeaux introductifs ont été rédigés par le comité de rédaction.

Publié par Mouvements, le 13 mars 2007. http://www.mouvements.info/Dix-intellos-qui-n-en-ont-pas.html

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1 Message

  • Dix intellos qui n’en ont pas

    16 mars 2007 20:03

    Bonjour,

    Si Mouvement souhaite ne pas faire partie des personnes oubliant 53 % de l’humanité, comme le dénonce si justement ce très intéressant article, il faudrait commencer, il me semble, le texte de présentation du site : Contre hégémonie, par : (par exemple) "Chercheur-es, journalistes et militant-es peuvent-ils s’essayer ensemble..." ou (encore mieux) : "Chercheures, journalistes et militantes..." Puisque tous ces noms féminins incluent les noms masculins de même définition, alors que l’inverse exclue les noms féminins de même définition.

    Si ce petit travail peut être fait, cela sera un grand pas pour Mouvement qui aura moins l’air immobile, et ses appels à contribution pourront certainement s’élargir à différentes personnes susceptibles de faire bouger les esprits dans tous les domaines, et peut-être même d’autres jours de l’année que le 8 mars, car toutes les personnes citées à la fin de cet article, et bien d’autres encore, produisent tout au long des ans, et pour certaines depuis fort longtemps, de très intéressants articles sur de très intéressants nombreux sujets, comme les politiques grammaticales, ou du langage, entre autres...

    En l’attente Cordialement

    Agathe

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auteur Mouvements
contact@mouvements.info