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Comme si la mort au travail était acceptable
Par
Annie Thébaud Mony
Les candidats à la présidentielle veulent redorer la « valeur travail » sans jamais faire le lien avec la santé publique.
Incantatoires références à la « valeur travail »â€¦ Les décideurs ne regardent ni ce que la notion de travail recouvre vraiment, ni ce que sont réellement les conditions de travail sur le terrain. Depuis plusieurs années, l’obligation de travail a été transformée en obligation de résultats, sans donner au travailleur la possibilité de négocier les moyens d’obtenir ces résultats. On en constate aujourd’hui sans cesse les conséquences. Les récents suicides dans l’industrie automobile sont symptomatiques de cette évolution. Tout comme le suicide d’un jeune intérimaire auquel j’ai été personnellement confrontée lors d’une enquête. Il était pris dans l’étau de la sous-traitance du nucléaire. À un moment donné, il n’a plus vu d’autre moyen que de se suicider pour dire sa résistance : « Puisque je n’ai plus les moyens de changer la situation, puisque je n’ai plus prise sur la réalité, je me sauve de cette condition-là . »
Cette obligation de résultat fait partie du leitmotiv de la baisse des coûts du travail. Un exemple récent : Airbus et l’aérospatiale. La situation est absurde : le groupe a du retard dans la livraison de ses avions. A priori, ce n’est pas un problème d’effectifs. Pourtant, le groupe décide de réduire les effectifs. On peut formuler l’hypothèse que ces retards sont dus à la « désorganisation du travail » liée à la sous-traitance en cascade de ce secteur qui place souvent les salariés dans des situations très difficiles à gérer.
L’accroissement de la sous-traitance est l’une des évolutions les plus inquiétantes de ces dernières années : en bout de chaîne, de faux « indépendants » doivent concilier l’inconciliable : objectifs financiers, délais et conditions de travail. On rogne sur tout, et en particulier sur le respect des normes de sécurité. Pas question par exemple de substituer des produits non toxiques ï€plus chers ï€Ã des produits cancérigènes. À un ouvrier des travaux publics qui réclame un harnais pour descendre dans un trou de 5 mètres, on répond que s’il refuse de descendre sans ce harnais, il n’aura pas sa prime de fin d’année. C’est à prendre ou à laisser. L’emploi et la prime, ou la santé. Contrairement aux discours, le travail est justement l’angle mort de la santé publique. Pourtant, selon les chiffres du ministère du Travail et de l’assurance maladie, on compte deux morts par jour dus à des accidents du travail, 8 dus à l’amiante. : l’employeur se donne le pouvoir de vie ou de mort sur ses subalternes. Cette mise en danger de la vie d’autrui est délibérée et consciente en ce qui concerne les produits toxiques. Il est incroyable qu’en France, le ministère du Travail puisse publier un rapport, l’enquête Summer 2003, qui montre que deux millions et demi de salariés sont exposés chaque jour dans leur travail à des cocktails de cancérogènes, et qu’il n’envoie pas des inspecteurs du travail sanctionner les employeurs et les contraindre à substituer à ces substances d’autres produits non toxiques. C’est un calcul cynique : les dégâts sur la santé ne se verront que dans dix, vingt ou trente ans. L’employeur ne sera pas inquiété.
Après une enquête sur le désamiantage, Le ministre du travail note que 70 % des chantiers ne sont pas aux normes… Il ne parle que « d’anomalies » et non pas d’infractions ! Le droit à la vie, lorsqu’on est dans l’espace du travail, n’existe plus. Pourtant, exposer des gens à l’amiante, c’est savoir qu’une partie d’entre eux aura un cancer. Et dans ces conditions, le décès par cancer est un homicide qui devrait relever du pénal ! Tout se passe aujourd’hui comme si la mort au travail était une mort acceptable.
Certaines politiques publiques de l’emploi, du travail et de la santé ont permis la mise en place de nouvelles formes d’asservissement. Prenez les ouvriers agricoles salariés sur les domaines du sud de la France ou les travailleurs des chantiers navals de Saint-Nazaire : trois lois ont autorisé ces situations. La loi sur les accidents du travail de 1898 a fait le choix d’une logique assurantielle : les victimes ont droit à l’indemnisation sans que ce droit ne soit assorti d’une obligation effective de prévention. On individualise la santé au travail, on l’enferme dans un contrat assureur/assuré entre l’employeur et l’employé. Comme si l’accident du travail n’était plus un homicide, mais une fatalité, un coup du sort. Comme un simple dégât des eaux. « Ce sont les risques du métier », entend-on souvent. On oublie que ce ne sont pas les métiers, mais les choix d’organisation du travail qui tuent. Bien plus tard, la loi de 1972 a légalisé le travail temporaire, alors que depuis 1848, une loi interdisait le marchandage de main-d’œuvre (c’est-à -dire le fait de « louer » des salariés à une autre entreprise). Censée encadrer l’intérim en le réservant à des tâches ponctuelles, elle a en fait permis d’employer des travailleurs temporaires pour des travaux systématiques et permanents dans la maintenance nucléaire, la construction automobile, la sidérurgie… La réglementation de la sous-traitance, enfin, a été un extraordinaire appel d’air pour permettre le développement du marchandage de main-d’œuvre. La loi de 1898 a écarté les poursuites pénales au profit de l’indemnisation (même si en théorie, un salarié peut poursuivre son employeur après un accident du travail), la deuxième a flexibilisé et la troisième a « invisibilisé » les risques : on ne retrouve plus les responsables dans l’enchevêtrement de sous-traitants.
Pour lutter contre cette impunité revendiquée par les employeurs, il faudrait donc replacer la santé au travail dans une perspective pénale. Si le droit pénal ne joue pas son rôle, nos sociétés risquent la privatisation de la santé des travailleurs. Celle-ci devient la propriété de leurs employeurs. J’en appelle à la création d’un tribunal pénal international sur le travail. En France, l’obligation pour l’employeur de maintenir les ateliers dans un état de propreté qui ne porte pas atteinte à la santé de ses salariés date de 1893. Plus d’un siècle après, ce texte n’est toujours pas appliqué, ni l’employeur sanctionné ! On les voit devenir vertueux à l’occasion de l’interdiction du tabac dans les entreprises… il serait temps de voir la même chose à propos des expositions professionnelles à des produits cancérigènes. Mais le droit national ne suffit pas. On l’a vu avec l’affaire du porte-avion Clémenceau. Nous savons que 15 % des travailleurs de la plage d’Alang en Inde, où devait s’échouer le navire, sont atteints de maladies liées à l’amiante. Mais les pays riches continuent d’y envoyer leurs bateaux à désamianter parce que cela leur coûte moins cher… De la même manière, continuer à produire de l’amiante en Inde ou au Brésil, c’est savoir délibérément qu’on va tuer des gens. Il faut une réponse internationale à ces situations. En Italie, un juge d’instruction a ouvert une enquête sur les dirigeants suisses de la société Eternit à propos de décès de ses salariés. Ce qui est nouveau, c’est qu’elle concerne des salariés italiens des usines implantées en Italie comme des migrants italiens qui ont travaillé en Suisse. Le procès de Turin sera-t-il le premier procès pénal international lié au travail ? Autre avancée, le Québec a rétabli en 2004 la notion de criminalité dans les accidents du travail.
En France, on en est loin. Il a fallu 20 ans pour que l’amiante soit interdite, en 1997. On pouvait espérer que cette prise de conscience ouvrirait à nouveau la question du procès pénal. En fait, le débat n’a eu lieu que sur l’indemnisation. La remise en cause des employeurs et des industries va tellement à l’encontre des valeurs de notre société. L’État ne se considère pas au service de la protection des droits de l’homme, mais de celle des droits des industriels et des actionnaires à faire des profits. Il suffit de souligner les profits record de Total alors que les victimes d’AZF Toulouse et de l’Erika ne sont pas indemnisées.
Publié par Mouvements, le 16 avril 2007. http://www.mouvements.info/Comme-si-la-mort-au-travail-etait.html
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Messages de forum
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20 avril 2007 22:45, par Jacques Prince
J’ai 92 ans, j’ai eu une longue vie de travail, je ne me suis jamais posé de questions du genre de celles que vous évoquez.
Ayant perdu mon père à l’âge de 17 ans, J’ai du interrompre mes études sans diplome je me suis mis au travail pour aider ma mère, lorsque mon père est mort il ne nous a laissé que 1000 francs dans un coffre.
J’ai toujours été relativement heureux, moyennement, pendant mes deux ans de service militaire et la guerre que j’ai faite de bout en bout dans un régiment de chars.
J’ai toujours accepté n’importe quel travail,sans me soucier de savoir s’il y avait des risques ou non. je ne me suis jamais inscrit au chômage.La mort, elle est présente toute la vie, à chaque instant, Seuls des intellectuels qui ne l’ont jamais cotoyé peuvent en parler de la manière dont vous l’apréhendez, en croyant qu’avec des précautions on ne risque pas de la rencontrer.
Travailler en prenant des risques ou faire du sport, de la course automobile, des combats de boxe,du saut en parachute
ou simplement en traversant une route.
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Monsieur,
Tout en respectant votre longue vie de labeur (j’ai également commencé à travailler à 18 ans par choix & cela pour diverses raisons) je ne puis cependant adhérer à vos écrits.
Il y a une énorme différence entre être Maître de sa propre mort ou souffrance (tant que cela ne grève la communauté) & subir cela du fait de la pénibilité de son travail d’autant plus lorsque ces risques vous sont cachés ou bien imposés en chantage.
L’évolution du statut humain ne peut se faire au détriment de son intégrité aussi bien physique que morale.
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Wahou ! L’article m’avait convaincu mais cette réponse a quelque chose de terriblement touchante ;)
Je n’en avais pas vue de telle depuis longtemps.
Merci ;)
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@92 ans sans question
Tout le monde ne partage pas votre "philosophie", il est d’ailleurs probable que la nostalgie et l’oubli embellissent le tableau que vous tracez.Et cela n’empêche pas de constater l’importance des dégâts dus aux contraintes actuelles.
Tant mieux si vous êtes passé à travers : voyez-y des capacités au dessus de la moyenne dont vous auriez pu distraire une partie pour la consacrer à ceux qui n’ont pas votre chance ou adoucir le sort d’une postérité moins bien dotée.
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Mais si on a les moyens de réduire ce risque, on ne le fait pas car la mort est de toute façon présente et inévitable ?
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Grand bien vous fasse.
"Mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente" mais mourir pour le profit, non merci.
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Ah ! enfin quelqu’un qui a le goût du risque… Alors, pour quelques centaines d’euros, j’ai a vous proposer de travailler au coeur d’une centrale nucléaire, sur la maintenance du matériel nucléaire. Vous n’aurez aucun équipement particulier et vous devrez travailler longtemps dans la centrale (près du réacteur) et ne surtout pas compter vos heures.
Non, le travail, ce n’est pas un jeu… ce n’est pas jouer à la roulette russe ! Enfin… soyons sérieux.
Et puis si on n’accepte que n’importe qui fasse n’importe quel travail… il n’a pas les compétences (sur le sujet)… c’est le début de la fin ! Alors, c’est sûr il pourra se vanté après d’avoir appris sur le tas, d’avoir beaucoup travaillé… mais pour quel résultat ? Un gros travail de cochon (au minimum au début)…
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Vivre, c’est effectivement prendre le risque de mourir. De là à faire volontairement prendre le risque à d’autres, il y a un pas. Un décès dû à des mauvaises conditions de travail est de la responsabilité de l’employeur qui, conscient du risque, peut protéger ses employés.
C’est l’inaction des patrons qui est criminelle, puisqu’il savent exactement le risque qu’ils font courir à leurs manutentionnaires, à savoir, la mort.
Le médecin soigne ses patients en sachant qu’ils finiront par mourir, peut-être devrait-on arrêter la médecine ?
Le fait qu’un homme, deux, ou même mille aient survécu ne change rien au fait que d’autres sont morts à cause de la négligence d’employeurs qui ne se soucient guère de la santé d’employés qui ne le seront plus quand les maladies se déclareront. L’argent et l’irresponsabilité devant la loi (qui tend à disparaître) a raison de leur (potentiel ?) respect de la vie des autres.
Glorieux...
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Et votre ’exemple’ (sur internet, personne ne sait que vous êtes un chien) prouve quoi au juste ? En France, tout le monde peut donner des exemples de personnes qui sont arrivé à l’age que vous dites avoir en buvant des quantités importantes d’alcool. Seul un sot en déduirait qu’il est en général inoffensif de boire de telles quantités d’alcool. Tous les individus sont différents, certains ont une résistance plus grande que d’autres à certains poisons. Si à vingts ans, vous aviez choisi un emploi plutot qu’un autre, vous auriez peut-être été exposé à un produit qui vous aurait tué à 40 ans. Les gens qui ont été placés dans cette situation ne sont pas là pour vous contredire. Et puis comparer les risques que l’on prend pour le sport (c’est à dire pour son plaisir personnel) et pour son travail est absurde. Dans un cas on arrête quand on veut, dans l’autre c’est son gagne-pain qui est en jeu.
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On peut avoir le droit de prendre des risques, mais on doit surtout avoir le droit d’être prudent. Il peut être libre à chacun de traverser une rue sans regarder, mais il serait honteux qu’on force des gens à traverser sans regarder. C’est ce qui se passe dans le monde du travail. Combien de salariés subissent-ils des risques qu’ils ne voudraient pas prendre ou pire, qu’ils pourraient ne pas prendre moyennant un petit effort financier de leur employeur ? Peut-il être acceptable qu’un employeur, conscient des risques que prennent ses salariés, non seulement ne fasse rien pour les en préserver, mais ne les en informe même pas ? On peut prendre des risques pour soit, mais on ne peut pas en imposer aux autres et encore moins à leur insu.
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Enfin si on peut éviter certains risques je ne vois pas l’intérêt de ne pas le faire. A moins d’être complètement nihiliste... Evidemment qu’on peut mourir en traversant une route et ce ne sera qu’un accident. Le problème est que de nombreuses morts au travail peuvent être éviter. C’est là toute la différence, n’en déplaise au vieux papi qui a tout vu, tout fait (à ce propos, il y a en de bien nombreux qui n’ont pas eu la chance de vivre après 65 ans à cause d’une vie de labeur intense...)
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La question n’est pas de nier la mort, mais d’empêcher que des gens meurent lorsque cela pourrait être évité, simplement en appliquant la loi.
Je ne comprends pas cette réaction ; certes nous pouvons mourir en traversant la rue, mais c’est à chacun de regarder avant de s’engager ; en somme, la responsabilité incombe à celui qui fait.
Pour le travail, les brésiliens et les indiens qui travaillent sur des chantiers au contact de l’amiante le font du fait d’une extrême misère. Quand un ouvrier réclame un harnais de sécurité et qu’on lui refuse, c’est une irresponsabilité notoire. Ces mise en danger de leur propre vie n’est pas leur fait, justement.
Le problème ici est que le travail entraîne un lien de subordination : donc, les salariés se plient aux exigences d’un employeur. Si ce dernier impose des conditions de travail dangereuses pour les hommes et femmes sous ses ordres, c’est sa responsabilité, presque un abus de pouvoir. Comme on peut le lire en cliquant sur le lien ci-dessous, le travail n’est pas la vie. La mort non plus.
Voir en ligne : Le travail, c’est la vie ?
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C’est parce que vous avez 92 ans... de "votre temps" la chimie du "progrès" était moins nocive, et puis à l’époque on travaillait encore pour "produire" des choses utiles ou nécessaires, maintenant on travaille pour le profit des autres, prendre des risques dans ce contexte est inacceptable. Bien sûr le "zéro risque" n’existe pas mais de larges économies sont réalisées sur la sécurité sous ce prétexte.
Le harcèlement et la pression aussi étaient moins présents, parce qu’il n’y avait pas de chômage de masse, quand un employé et un employeur ne s’entendaient pas ils allaient tranquillement voir ailleurs. Ce n’est plus le cas. C’est chacun pour soi maintenant et les plus faibles sont soumis à des risques intolérables.
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Je me souviens d’un camarade, nous étions adolescents. son père est mort au travail, il était convoyeur de fonds. Je me demande ce qu’il penserait en lisant ce témoignage .
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Un peu affligeant ! je connais la mort, elle a fauché beaucoup trop tôt les deux hommes les plus important de ma vie. La mort est déjà difficile à accepter quand seule la fatalité en est la cause mais quand elle est due à des négligences de patrons peu scrupuleux et avides de profits, c’est totalement inacceptable. Vous n’avez pas cité les différents emplois que vous avez occupés. A 92 ans, il y a 27 ans que vous êtes en retraite (en 1980, le taux de chômage n’était qu’à 5%, ce qui était énorme pour l’époque). Replaçons les choses à leur place. Suivez un salarié qui avait le même poste que vous pendant 1 mois et on en reparle.
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A partir du même constat : "Les décideurs ne regardent ni ce que la notion de travail recouvre vraiment, ni ce que sont réellement les conditions de travail sur le terrain. Depuis plusieurs années, l’obligation de travail a été transformée en obligation de résultats, sans donner au travailleur la possibilité de négocier les moyens d’obtenir ces résultats." je m’interroge plus en profondeur.Je ne sais pas si, actuellement, la profession la plus touchée par les dépressions et les suicides est prof ou flic. C’est volontairement que j’utilise ces termes. Arrètons nous sur la police où même des commissaires se suicident avec leur arme de service. Que leur demande-t-on au nom de l’obligation de résultats ? De faire diminuer la délinquence ET d’augmenter le nombre d’interpellations. En dehors d’un village où l’arrestation d’un voleur de poules fait vraiment diminuer la délinquence, c’est tout simplement une absurdité logique. Il suffit d’y réfléchir deux secondes.
Vous vouliez une loi en plus. Je ne pense pas que ça règlerait le problème que j’ai exposé. Au contraire, il y a là (dans une optique sécuritaire, c’est ça aussi la sécurité), à mon avis, au moins une loi en trop.
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16 mai 2007 18:48, par wysiwyg
Travailler en prenant des risques ou faire du sport, de la course automobile, des combats de boxe,du saut en parachute ou simplement en traversant une route.
Je vois quand même un paradoxe : normalement, un travail sert à gagner sa vie et non à la perdre.
Quant à la comparaison avec certains loisirs à risques, je la réfute entièrement en disant que les risque encourus dans ces activités sont consentis alors que dans le cadre professionnel, ils sont imposés par le lien de subordination qui existe entre un employeur et ses employés.
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17 mai 2007 07:19, par JG
Paradoxe : un individu peut, à titre privé monter sur un toit sans sécurité, renifler des vapeurs nocives, subir des bruits très élevés... Par contre, dès qu’il travaille, il n’en a plus le droit. Il a même le droit de s’en plaindre et de refuser de travailler tout en étant payé. Ces droits donnent aussi ce genre d’article, où des gens qui ne connaissent rien aux conditions de travail plaident pour leur amélioration infinie. Les patrons modernes savent néanmoins qu’en améliorant les conditions de travail des salariés ils améliorent aussi la performance de leur entreprise. Mais ils savent aussi qu’ils ne doivent pas en faire un but en soi comme le suggère cet article.
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Il n’existe aucun paradoxe, ce que vous decrivez releve de l’irresponsabilite. Un patron moderne sait que l’amélioration des conditions de travail augmentent sa productivité. Pour un patron responsable, la sécurité ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise. Je travaille dans une grande multinationale dont l’objectif est de déveloper une véritable culture de la sécurité et de l’hygiène parmis les employés. Parce que nous tenons à nos collaborateurs. Et l’objectif est clair : zero accidents. Au travail, sur le trajet et chez soi. Parce que tout autre objectif revient à accepter la mort d’un collègue !
D’autre part, qui êtes vous pour porter des attaques ad-hominem et juger de la compétence de l’auteur (juste Directrive de Recherche à l’INSERM en Organisation sociale du travail et santé) pour faire valoir votre point de vue ?
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"Paradoxe : un individu peut, à titre privé monter sur un toit sans sécurité, renifler des vapeurs nocives, subir des bruits très élevés… Par contre, dès qu’il travaille, il n’en a plus le droit".
Un paradoxe énonce généralement 2 logiques incompatibles entre elles. Outre que, comme déjà signalé, le paradoxe annoncé ici n’en est pas un, avoir "le droit" de s’imposer (où se voir imposer par son voisin) des risques pour sa santé est une formulation pour le moins étrange du ...droit.
A titre privé, j’ai aussi le "droit" de ne pas attenter à ma santé, le "droit" de me plaindre d’un voisin au comportement irresponsable... en gros, j’ai le "droit" de prendre soin de moi.
Au niveau professionnel, ces "droits" deviennent des "devoirs" pour le chef d’entreprise, qui se doit donc, en contrepartie de ma subordination, de m’empêcher d’être aussi inconscient que certains, à vous lire, semblent l’être chez eux.
Mais ces "devoirs", tous issus du seul Code du Travail, ne devraient pas leur peser encore trop longtemps aux vues des politiques annoncées en la matière. Ils auront bientôt le "droit" d’être aussi irresponsables dans leurs usines que vous dans votre vie privée.
Vous n’aurez donc plus à souffrir de "paradoxes" bien longtemps. Bonnes chances pour la suite...
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20 mai 2007 19:14, par Patrick
Toute la perversité du système réside dans "l’obligation" de travailler pour "gagner" sa vie. Ainsi donc, une vie (que personne n’a réclamer, hasard de la naissance) ne serait qu’un long, bien souvent stérile et dangereux devoir ? pourquoi ?
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reportage de Pascale Pascariello autour de l’histoire, si méconnue et si dissimulée, des cancers professionnels.
Passé lors de l’émission de Daniel Mermer "Las-bas si j’y suis" du 12 et 13 mars 2007 :
12/3
http://www.la-bas.org/article.php3?...
13/3
http://www.la-bas.org/article.php3?...
20 000 cas de cancers professionnels par an sur 2,5 millions de salariés... Si, à juste titre, on parle énormément des 35 000 morts du SIDA depuis 1981, les 500 000 décès liés aux maladies professionnelles depuis la même date ne sont, eux, absolument jamais évoqués...
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22 mai 2007 12:15, par Sylvie
Alors que des milliards d’euros sont investis -dans les nanotechnologies notamment- pour assurer à l’homme l’éternelle jeunesse voire l’immortalité (et le convaincre par la pub que tout est possible !...), "on" admettrait sans sourciller de faire des économies sur la vie des "travailleurs" (c’est drôle d’ailleurs de voir que ce mot n’est pratiquement plus employé !...) :
de qui se moque-t-on ?...
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de qui se moque-t-on ?
Des travailleurs, justement...
Le mot a été littéralement gommé du vocabulaire politique de tous bords (il n’y a qu’Arlette pour le prononcer encore) parcequ’il est fédérateur : nous sommes TOUS des travailleurs. Il donne, à lui tout seul, un sens à la Lutte des Classes. Après nous avoir convaincu( ?) que la lutte des classes était ringarde, le "travailleur" est mort de mort naturelle.
Résultats collatéraux à sa disparition : perte de repères politiques, syndicats fantômatiques, revendications sans poids parceque dispersées,...
Acte ultime (et cible principale) de cette mise à mort programmée : évaporation du Code du Travail. Plus de "travailleurs, plus besoin d’un "Code" pour lui. La démolition a commencé depuis plusieurs mois, c’est inexorable (les syndicats ont déjà sauté en vol sur cette affaire, leur impuissance est totale), et c’est triste.
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Hé bien au moins cet article ne reste pas sans réponse ! Enfin le monde commencerait-il a bougé. ? Oui, vous avez raison de rappeler que le travailleur a le droit à la vie aussi, qu’il n’est pas une « marchandise ». Je crains fort qu’il ne faille attendre la descente aux enfers pour avoir une réaction commune ! Les grands de ce monde « travaillent » leurs intérêts avec ségrégation !! hé ho combien ils exellent dans ce domaine !! J’en appelle à la révolution !
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7 juin 2007 13:39, par Marie-Andrée Viguié Badiou
Nous familiariser avec le maheur, nous résigner, nous domestiquer, tolérer l’intolérable ! Mise en scène du cynisme comme un rituel de conjuration, d’autosatisfaction, de rationnalisation de l’arbitraire, de la manipulation et de l’insécurité entretenue !
L’assujetissement à la logique de résultats produit une " culture" de collaboration zélée où le code du travail, la loi sont impunément bafoués alors que l’on ne fait que parler de la nécessité de renforcer les règles et leur respect pour éviter l’incivilité ds la société !!
Mais qu’est ce donc que cette société qui fait que les conflits d’intérêt prévalent dans le monde du travail et que l’on se moque de celles et ceux qui en appellent aux instances pour faire respecter la loi ?
La préoccupation principale, aujourd’hui dans le monde du travail, c’est l’endurance, cette capacité à tenir ds l’instant et la durée sans "couler", sans tomber malade, sans être usé !
Et pourtant, le travail peut, aussi, être un puissant moyen mis au service de l’émancipation ainsi que l’apprentissage et l’expérimentation de la solidarité.
L’action est possible. Il faut la vouloir.
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26 octobre 2007 11:42, par Claude
Bonjour, je trouve votre analyse sur l’évolution des conditions de travail est juste et bien argumentée. Mais je pense que nous sommes aussi face à un problème plus complexe qu’il y paraît, car la question n’est pas entièrement manichéenne (d’un côté les « bons salariés » et de l’autre, « les méchants patrons »). Chaque étude de cas, montrerait qu’il existe – sous différentes formes, jusqu’à un certain point, mais malheureusement trop souvent – une forme de consensus ambigu entre les acteurs, généralement fondé sur « des intérêts croisés ». Exemple : « si vous fermez les yeux sur tel ou tel dysfonctionnement, vous aurez une prime d’insalubrité ou de risques et/ou des congés supplémentaires (la carotte) ou alors et si vous insistez (le bâton), cela conduira à délocaliser ». Voilà un deal bien malsain, qui a largement contribué à faire pourrir pas mal de situations : imaginez dans ces conditions, le mal vivre ressenti par les représentants du personnel… Pour étayer cet argument, je vous suggère la lecture d’une bande dessinée qui connaît un certain succès dans la région Nord Pas de Calais : « Noir Métal » (éditions Delcourt – Mirages N° ISBN 2-7560-0084-1). Elle relate non sans humour (ainsi sont les « Ch’tis ») très objectivement la triste saga d’une entreprise de recyclage des métaux, du chantage subi par ses salariés sur leurs incroyables conditions de travail et l’ignorance des gens qui vivent à proximité quant aux conséquences environnementales… La lecture de cette BD rappelle aussi que les « problèmes d’insalubrité dans le travail », ne se sont pas tout à fait « déplacés » hors de « notre beau pays » et que leur persistance est un phénomène qui a encore de beaux jours devant lui. Je ne voudrais surtout pas paraître polémique, mais il ne faudrait pas occulter (même involontairement) certains pans d’un vrai problème qui, minimisé à l’heure où certaines affaires de financements « opaque » d’un syndicat viennent fort opportunément de surgir dans les média, ne manqueraient pas de rendre un tel débat encore plus difficile…
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l’an dernier, pendant le week-end de Pâques, j’ai fait un tour du côté de l’usine de retraitement de La Hague avec une amie.Nous avons été toutes les deux frappées de voir dans les petites cités ouvrières que nous avons traversées, à quel point les familles (enfants, adultes) que nous voyions autour de ces petites maisons, étaient pâles, avaient tous l’air "malades", de vivre dans un tel environnement.Mon amie m’a dit :" quel horreur, de devoir élever ses enfants dans un tel environnement qui pue le mort à ce point !"
Pendant ce temps, on continue à agiter devant nos yeux gavés de bien-être et de surconsommation le danger de la Chine, qui, elle, n’a pas autant d’états d’âme" et qui bientôt, nous dépassera.... 4ème puissance économique mondiale, certes, mais à quel prix ???????
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